C'est ça l'ignorance. Les ouvrages qui dépeignent la mort sous un jour attrayant et qui assurent à l'homme qu'il renaîtra dans l'espèce humaine lors de sa prochaine existence, sont dangereusement trompeurs. Leurs auteurs essaient de décrire la mort comme une transition merveilleuse et indolore -une occasion de s'épanouir, de progresser vers des niveaux de conscience toujours plus élevés et d'atteindre la sérénité.

La plupart de ces théoriciens voudraient nous faire croire qu'après une brève période de sommeil cosmique, nous éprouverons une sensation de bien-être, comme si nous flottions, l'âme se dirigeant lentement vers son prochain corps humain: "Alors, disent-ils, nous pénétrons dans le sein douillet d'une femme, où, protégés contre toute agression extérieure, nous nous pelotonnons confortablement jusqu'à ce que nous naissions, sortant ainsi du refuge que nous offrait notre mère."

Tout ceci semble merveilleux, mais en vérité, la mort et la naissance sont des expériences atroces. C'est en ces termes que le grand sage Kapila Muni informe sa mère au sujet de la véritable nature de la mort: "Ainsi atteint par la maladie, il a les yeux exorbités sous la pression de l'air venant de l'intérieur de son corps et ses glandes se chargent de mucus. Il respire à grand mal, et avec chaque respiration, un râlement s'échappe de sa gorge... Il meurt de la façon la plus pathétique, accablé de souffrances et privé de conscience." (S.B., 3.30.16-18) L'âme s'est tellement habituée à vivre dans le corps qu'elle doit en être expulsée selon les lois naturelles quand vient l'heure de la mort. Et comme personne n'aime être expulsé de sa demeure, l'âme résiste naturellement à cette expulsion du corps matériel. Même les plus petits insectes auront recours à des ressources et à des procédés étonnants pour éviter la mort lorsque leur vie est en danger. De même que la mort est inévitable pour tous les êtres vivants, la crainte et la douleur qui l'accompagnent le sont également. Lorsqu'un problème effraie par sa gravité, on a parfois tendance à le prendre à la légère. Lorsqu'un singe rencontre un tigre, il ferme les yeux, et aussitôt le tigre lui saute dessus. De même, lorsque les savants ne peuvent résoudre un problème, ils le chassent de leur esprit. La preuve en est l'attitude qu'ils adoptent face au véritable problème de l'homme, soit la mort. Personne ne veut mourir, mais si les hommes de science prennent ce problème à la légère, c'est uniquement parce qu'ils sont impuissants devant la mort. Nous ne voulons ni vieillir, ni tomber malade, ni mourir, mais comme ils n'ont aucune solution à offrir, ils ont simplement éludé ces problèmes majeurs.

Il faut comprendre cependant, que ce n'est pas la personne qui meurt, mais son corps. Le savoir védique nous révèle que le corps est toujours mort. Prenons l'exemple d'un microphone fait principalement de métal. Lorsque l'électricité passe à travers cet appareil, celui-ci convertit le son en impulsions électriques qui sont amplifiées et transmises au moyen de haut-parleurs. S'il n'y a pas d'électricité, rien ne se produit. Que le microphone fonctionne ou non, ce n'est rien de plus qu'un assemblage de métal, de plastique, etc. De même, le corps humain fonctionne parce qu'il est animé par la force vitale qui est à l'intérieur. Quand cette force vitale quitte le corps, on dit qu'il est mort; or, en fait, le corps est toujours mort. C'est la force vitale qui est l'élément important; seule sa présence confère au corps une apparence de vie. Qu'il soit "vivant" ou "mort", le corps physique n'est rien d'autre qu'une masse de matière inerte.

C'est très simple. Un principe actif anime le corps; si ce principe est absent, le corps n'est plus animé. Voici donc la véritable question. "Quel est ce principe actif?" Cette question est au cœur de la philosophie du Vedanta. En fait, le Vedanta-sutra commence par l'aphorisme athato-brahma-jijnasa. "Quelle est la nature du moi à l'intérieur du corps?" Celui qui étudie la philosophie védique apprend donc d'abord à distinguer un corps vivant d'un cadavre. S'il est incapable de comprendre ce principe, nous lui demandons alors de considérer le problème du point de vue logique. Tout le monde peut voir que le corps se transforme et se meut grâce à la présence du principe actif, l'âme. En l'absence de ce principe actif, le corps est incapable de se transformer ou de se mouvoir. Il doit donc y avoir quelque chose dans le corps qui l'anime. Ce concept n'est pas très difficile à saisir. Le corps est toujours mort. Il est pareil à une machine complexe. Un magnétophone est constitué de matière inerte, mais dès que vous, l'être vivant, le mettez en marche, l'appareil fonctionne.

Pareillement, le corps est également de la matière inerte; mais à l'intérieur de celui-ci, il y a la force vitale. Tant que ce principe actif demeure dans le corps, ce dernier fonctionne et semble vivant. A titre d'exemple, nous possédons tous la faculté de parler. Si je demande à l'un de mes disciples de venir, il viendra; mais si le principe actif quitte son corps, même si je l'appelais pendant des milliers d'années, il ne viendrait pas. C'est là une chose très simple à comprendre...

Mais quel est donc exactement ce principe actif? Vous êtes vous-même le principe actif. Le corps vivant et le cadavre sont des choses différentes. Seule la présence du principe actif les distingue. Quand ce dernier est absent, le corps est dit mort. Le moi véritable est donc identique au principe actif. Dans les Vedas, nous trouvons l'aphorisme so 'ham: "Je suis le principe actif. " Il y est également dit, aham brahmasmi: "Je ne suis pas ce corps matériel. Je suis esprit -je suis Brahman." Voilà donc la prise de conscience spirituelle du moi.

L'âme, le principe actif, transmigre d'un corps à un autre lors de la mort. Le corps peut avoir un aspect différent, mais le moi demeure le même. Nous pouvons observer ce passage d'un corps à un autre même au cours de notre propre vie. Nous sommes en effet passés d'un corps de nourrisson à celui d'un enfant, de celui d'un enfant à celui d'un adolescent, et enfin de celui d'un adolescent à celui d'un adulte. Pourtant, l'être conscient -l'âme- demeure toujours le même. Le corps est matériel, et le vrai moi est spirituel. On dit de celui qui en vient à comprendre ces choses, qu'il a pris conscience de son moi spirituel.

Un dévot de Krsna prend naturellement conscience de ce principe différent, parce qu'il ne pense jamais qu'il est son corps de matière. Il pense plutôt : "Je suis une âme spirituelle. " Voici la première instruction que Krsna donne à Arjuna dans la Bhagavad-gita: "Cher Arjuna, tu prends à cœur la condition du corps, mais les hommes qui possèdent la connaissance accordent peu d'importance au corps matériel, qu'il soit mort ou vivant." Voilà donc la première prise de conscience sur la voie du progrès spirituel. Chaque être humain en ce monde s'intéresse beaucoup à son corps, et lorsque celui-ci est vivant, il en prend soin d'innombrables manières. Lorsqu'il meurt, on lui érige souvent de grandes statues et d'imposants monuments funéraires. C'est là ce qu'on appelle la conscience du corps; néanmoins, personne ne comprend ce principe actif qui donne au corps sa beauté et sa vie. Quand vient la mort, personne ne connaît la destinée du vrai moi, du principe actif. C'est ça l'ignorance.

Compilation par Aprakrita dasa

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