Il y a cinq mille ans, Krsna-dvaipdyana Vyasa, l'auteur du Srimad-Bhagavatam, annonçait les revers de l'âge noir où nous vivons. Une conférence de Srila Prabhupada sur le Srimad-Bhagavatam.

 

tatas canudinam dharmah
satyam saucam ksama daya
kalena balina rajan
naksyaty ayur balam smrtih

"0 roi, par la force implacable du temps, chaque jour voit s'accentuer le déclin de la spiritualité, de la véracité, de la propreté, de la clémence, de la miséricorde, de la durée de la vie, de la force physique et de la mémoire." (S.B., 12.2.1)

Le Srimad-Bhagavatam décrit ainsi l'ère du kali-yuga, l'âge de discorde et d'hypocrisie dans lequel nous vivons actuellement. Cette oeuvre, mise par écrit il y a cinq mille ans, rapporte de nombreux événements qui devaient se produire dans le futur. Aussi le Srimad-Bhagavatam est qualifié d'Ecriture révélée (sastra), et son auteur (le sastra-kara), un être libéré, a connaissance du passé, du présent et du futur (tri-kala-jna). Ce texte contient donc de nombreuses prédictions, et fait mention, par exemple, de l'avènement de Buddha, de celui de Kalki (manifestation divine qui apparaîtra à la fin du kali-yuga), et de celui du Seigneur Caitanya.

Suukadeva Gosvami analyse ici les grands traits du kali-yuga: au cours de cet âge, se dégraderont peu à peu les principes de la spiritualité (dharma), la véracité (satyam), la pureté (saucam), la clémence (ksama), la miséricorde (daya), la durée de la vie (ayur), la force physique (balam) et la mémoire (smrti), pour disparaître complètement, ou presque. Le kali-yuga est précédé de trois autres yugas: le satya-yuga (qui dure 1728 000 ans), le treta-yuga (1296 000 ans) et le dvapara-yuga (864 000 ans). Il constitue donc l'aboutissement d'un cycle de quatre âges au cours duquel la longévité de l'homme décroît progressivement. De 100 000 ans, au début du satya-yuga, elle passe à 10000 ans puis à 1000 ans, et enfin à 100 ans au début du kali-yuga. Déjà, l'homme ne vit plus en moyenne que soixante-dix années, et le jour viendra où l'on tiendra pour un vieillard un homme de trente ans. Autre symptôme du kali-yuga annoncé dans le Srimad-Bhagavatam: la baisse de la mémoire (smrti). Aujourd'hui, en effet, on peut voir à quel point les gens ont tendance à oublier facilement. On peut leur répéter tous les jours la même chose, ils l'oublieront quand même. On observe également une diminution de la force physique, phénomène aisément vérifiable car personne n'est sans savoir que nos ancêtres avaient une constitution physique plus solide. Tous ces signes de décadence -diminution de la force physique, de la mémoire et de la longévité-, le Srimad-Bhagavatam les avait donc prédits.

Le kali-yuga se caractérise également par un déclin de la spirituanté. Pour ainsi dire, en cet âge, il n'est même plus question de religion, cela n'intéresse plus personne et partout l'on voit se fermer des églises et des temples. L'église dans laquelle nous nous trouvons par exemple fut vendue parce que personne ne la fréquentait plus, nous en avons acquis une très grande également en Australie, et à Londres j'ai pu voir moi-même des centaines d'églises complètement désertes. Même en Inde des petits temples ferment leur porte car ils ne servent plus que d'abri pour les chiens. Seuls demeurent quelques grands temples. Tout cela correspond donc à un déclin de la spiritualité (dharma).

La véracité, la pureté et la clémence n'échappent pas non plus à cette règle. Autrefois, un homme était toujours prêt à pardonner une insulte ou un affront. Arjuna en est le meilleur exemple: bien qu'il eut beaucoup souffert des intrigues de ses ennemis, il fit part à Krsna, sur le champ de bataille de Kuruketra, de son désir de ne pas en tirer vengeance dans un combat sanglant. Mais de nos jours, on se tue à la moindre dispute; c'est la triste vérité. Et de même, la compassion (daya) est en voie de disparition. On pourra bientôt assassiner quelqu'un en public sans que personne n'intervienne, cela arrive déjà aujourd'hui. Ainsi la spiritualité, la probité, la pureté, la clémence, la compassion, la durée de la vie, la force physique et la mémoire vont diminuer progressivement et de tels symptômes nous rappellent que l'âge de Kali progresse de façon inquiétante.

Le Srimad-Bhagavatam annonce également, vittam eva kalau nrnam janmacara-gunodayah: "Au cours de l'âge de Kali, on jugera de la valeur et de la position sociale d'un homme selon sa richesse." (S.B., 12.2.2). Autrefois pourtant, on considérait un homme en fonction de son élévation spirituelle. On honorait un brahmana pour sa connaissance du brahman, et parce qu'il avait conscience de la réalité spirituelle suprême. Mais aujourd'hui, dans l'âge où nous vivons, il n'existe plus de véritables brahmanas car les hommes en usurpent le titre en alléguant un droit héréditaire. Jadis, certes, les droits de l'hérédité avaient également leur importance, mais c'était sur sa conduite que l'on jugeait de la véritable valeur d'un homme. Celui qui naissait dans une famille de brahmanas ou de ksatriyas (le groupe des dirigeants ou des hommes de guerre) devait se comporter en brahmana ou en ksatriya. Et c'était le devoir du roi que de veiller à ce que personne n'usurpe sa position. Autrement dit, on jugeait de la respectabilité d'une personne à sa culture et son éducation. Mais de nos jours, vittam eva kalau nrnam: avec de l'argent, on peut tout obtenir. N'importe quel individu, même peu recommandable, jouira du respect d'autrui s'il possède de l'argent, peu importe la façon dont il l'a gagné. Quant à la culture ou à l'éducation, ces critères n'entrent plus en ligne de compte dans le kali-yuga. Autres symptômes de cet âge, dharma-nyaya-vyavasthayam karanam balam eva hi. "Les principes religieux et la justice devront se soumettre à la puissance temporelle." (S.B., 12.2.2). Il suffit qu'un homme jouisse d'une certaine influence pour qu'on lui reconnaisse tous les privilèges. On pourra être le dernier des impies et se faire proclamer saint en achetant les prêtres. C'est donc l'argent qui fait la valeur de l'homme, non ses qualités réelles. On lit ensuite, dampatye bhirucir hetur mayaiva vyavasharike: "Le mariage ne se fondera que sur une affection passagère, et pour réussir dans les affaires il faudra tromper autrui." (S.B., 12.2.3). Les relations conjugales reposent aujourd'hui sur un attrait mutuel et il suffit qu'un garçon et une fille se plaisent pour qu'ils décident d'emblée de se marier. Personne ne s'est soucié de connaître le futur des jeunes gens et une telle union amène fréquemment l'insatisfaction, et même le divorce six mois plus tard, tout ceci parce que le mariage ne reposait que sur un attrait superficiel, non sur une compréhension profonde.

Jadis, en Inde, les parents consultaient les astres avant d'unir leurs enfants; des calculs astrologiques sur le passé, le présent et l'avenir de ces derniers leur permettaient d'assurer la parfaite harmonie des futurs époux pour qu'ils vivent paisiblement et s'aident mutuellement à parfaire leur vie spirituelle, ce qui leur valait finalement de retourner à Dieu, en leur demeure originelle. Voilà comment se conçoit le mariage. Mais aujourd'hui, si un garçon et une fille d'âge mûr se plaisent, ils se marient... mais l'un ou l'autre s'en ira quelque temps plus tard. De telles unions n'ont certes aucune valeur, mais il est dit qu'en cet âge de Kali, le mariage ne reposera en tout et pour tout que sur un attrait mutuel -dampatye bhirucih: un jour on s'aime et le lendemain on ne veut plus se voir. Triste vérité. Un tel mariage n'a donc aucune valeur.

Vient ensuite une autre caractéristique de cet âge, stritve purmstve ca hi ratir vipratve sutram eva hi: "L'homme et la femme resteront unis tant que durera l'attrait sexuel, et les brahmanas (les hommes purs et intelligents) ne se distingueront que par leur fil sacré." (S.B., 12.2.3). Les brahmanas se voient offrir en effet un fil sacré, mais aujourd'hui n'importe qui s'imagine être devenu un brahmana par le simple port du fil sacré, peu importe si l'on se comporte en candala, en mangeur de chien. Personne ne réalise qu'un brahmana a d'énormes responsabilités; on s'imagine que pour devenir un brahmana il suffit d'acheter un fil sacré à dix centimes. Quant aux relations conjugales, stritve pumstve ca hi ratih: elles reposeront sur un attrait mutuel, mais à la moindre mésentente sexuelle, les sentiments des conjoints perdront de leur force.

Et le Srimad-Bhagavatam continue, avrittya nyaya-daurbalyam, panditye capalam vacah: "Les pauvres n'auront pas droit à la justice, et n'importe quel beau parleur sera décrété grand philosophe." (S.B., 12.2.4). Pas d'argent, pas de justice: c'est la loi! Voilà l'âge de Kali! Aujourd'hui il suffit d'acheter les juges pour que le jugement soit rendu en votre faveur. Mais si vous n'avez pas d'argent, alors n'allez pas au tribunal. Quant aux beaux parleurs, peu importe ce qu'ils racontent, on les considère comme des panditas, de grands érudits, même si personne ne comprend un traître mot de ce qu'ils disent. Si l'on s'exprime dans un jargon incompréhensible, les gens s'exclameront, "quel génie!". [Rires.] Et c'est le cas aujourd'hui. Tant d'imposteurs prennent ainsi la plume, et l'on voit ainsi leurs partisans justifier une incompréhension totale de prétendus chefs-d'oeuvre par des: "c'est inexplicable", "c'est supérieur", "c'est dément"

Le Srimad-Bhagavatam prédit encore:

anadhyataivasadhutve
sddhutve dambha eva tu
svikara eva codvahe
snanam eva prasadhanam

"Ce sera un déshonneur que de ne pas vivre dans l'opulence, alors qu'un individu bouffi d'orgueil se fera hypocritement passer pour un être pieux. Le mariage reposera sur un accord arbitraire et superficiel, et il suffira de prendre un bain pour se croire parfaitement propre et attirant." (S.B., 12.2.5)

Aujourd'hui donc la pauvreté est un déshonneur. Celui qui n'a pas su s'enrichir d'une façon ou d'une autre, honnête ou malhonnête, sera déconsidéré. Quant aux mariages, un simple accord suffira (svikara eva codvahe). C'est ainsi que cela se passe aujourd'hui dans le monde entier. On désigne un responsable des mariages, et il suffit de payer les frais administratifs et de se présenter devant Monsieur le Maire pour que le mariage soit consacré par un "oui" rituel. Jadis c'était les parents qui arrangeaient le mariage de leurs enfants après avoir consulté un astrologue qui pouvait prédire le futur. Mais aujourd'hui, un simple acquiescement verbal fait l'affaire (svikara).

Toujours selon le Srimad-Bhagavatam, dure vary-ayanam tirtham lavanyam kesa-dharanam: "Le simple fait de se rendre au bord de quelque rivière lointaine constituera un saint pèlerinage. L'homme se trouvera très beau avec les cheveux longs."

(S.B.,12.2.6). Voyez la justesse des prédictions du Srimad-Bhagavatam. Qui se serait douté que les hommes se mettraient à porter les cheveux longs ? Et pourtant, le Bhagavatam prophétise: kesa-dharanam. Kesa signifie "cheveux longs" et dharasam, "garder". Ce verset dit également dure vary-ayanam tirtham: pour être reconnu, un lieu de pèlerinage devra être situé loin du lieu où l'on habite. Le Gange par exemple traverse Calcutta mais personne n'ira prendre un bain dans cette portion de la rivière; ils préféreront se rendre à Hardwar, bien qu'il s'agisse du même Gange qui coule depuis ce lieu fort éloigné jusque dans la baie du Bengale. Les gens préféreront souffrir toutes sortes de tribulations pour aller se baigner à Hardwar sous prétexte qu'il s'agit là d'un tirtha, d'un lieu de pèlerinage. Et ainsi chaque religion a son tirtha. Les musulmans vont à la Mecque et à Médine, les chrétiens vont au Golgotha, et de même, les hindous estiment qu'ils doivent voyager très loin pour trouver un tirtha. Mais en fait, tirthi-kurvanti tirthani: un tirtha est un lieu où l'on peut rencontrer des êtres saints. Voilà donc la véritable définition d'un tirtha. Il ne s'agit pas de parcourir dix mille kilomètres pour faire un plongeon et de retourner chez soi. Autres symptômes de cet âge décadent:

 

udaram-bharata svarthah
satyatve dharstyam eva hi
daksyam kutumba-bharanam
yaso 'rthe dharma-sevanam

 

L'homme ne vivra plus que pour remplir son estomac et les déclarations qui s'imposent par leur caractère audacieux seront acceptées comme vérité absolue. L'homme qui saura assumer convenablement la charge d'une famille sera considéré comme un être exceptionnel, et l'on mesurera sa piété à la bonne réputation qu'il se sera faite dans le monde." (S.B., 12.2.6)

Celui qui peut se composer un menu somptueux s'estimera parfaitement heureux. Les gens, affamés, n'ayant plus rien à manger verront tous leurs désirs comblés s'ils peuvent festoyer un seul jour par année.

Satyatva dharstyam eva hi dit ensuite le Bhagavatam: n'importe quel beau parleur passera pour messager de la Vérité. Puis, daksyam kutumba-bharanam on sera "quelqu'un" si l'on sait pourvoir à tous les besoins de sa famille. C'est dire, donc, qu'il s'agira là d'une épreuve très difficile. Mais en fait, nous en sommes déjà arrivés à ce point: avoir à charge une femme et deux enfants constitue maintenant un tel fardeau qu'on ne veut même plus se marier.

Le verset suivant décrit ce qu'il adviendra lorsque toute la population aura ainsi été intoxiquée par le poison du kali-yuga.

 

evam prajabhir dustabhir
akirne ksiti-mandale
brahma-vit-ksaatra-sudranam
yo bali bhavita nrpab

'Qu'il s'agisse d'un brahmana (un homme pur et intelligent), d'un ksatriya (un dirigeant ou un homme de guerre), d'un vaisya (un commerçant ou un paysan), d'un sudra (un travailleur) ou d'un candala (un mangeur de chien), peu importe: celui qui réussira à obtenir le plus de votes s'emparera du pouvoir. Autrefois, le système voulait que seul un ksatriya puisse occuper le trône royal, et, non un brahmana, un vaisya ou un sudra. Mais aujourd'hui, dans l'âge de Kali, il n'existe plus ni ksatriyas ni brahmanas. On a instauré la démocratie. Nimporte qui peut devenir chef d'Etat s'il parvient à réunir suffisamment de votes en sa faveur, d'une façon ou d'une autre. Même s'il s'agit d'un fieffé coquin, il pourra néanmoins occuper le poste suprême et glorieux de chef d'Etat. Le Bhagavatam donne dans le verset suivant une description de ces dirigeants:

 

praja hi lubdhai rajanyair
nirghnair dasyu-dharmabhib
acchinna-dara-dravina
yasyanti-giri-kananam

 

"Ces canailles sans scrupule déguisées en dirigeants oppresseront tant les citoyens que ces derniers abandonneront leur famille et leurs biens pour se réfugier dans les collines et les forêts." (S.B., 12.2.8)

Ainsi les hommes qui obtiennent un poste au gouvernement par le système de votes ne sont-ils pour la plupart que des arrivistes ambitieux (lubdhai rajanyaih) ayant pour seul souci d'exploiter le peuple (nirghrnair dasyu). Et il est facile de voir en vérité que chaque année le gouvernement lève des impôts toujours plus lourds et que tout l'argent qu'il récupère ainsi sert à remplir les poches de toute cette racaille tandis que les citoyens continuent de croupir dans les mêmes conditions, et cela est vrai de tous les gouvernements. Les gens seront harcelés, jusqu'au jour où ils voudront tout quitter, leur vie de famille, leur femme et leurs biens, pour se réfugier au fond des bois (acchinna-dara-dravinah). Or, ce phénomène est lui aussi bien connu de nos jours.

En résumé, le Bhagavatam compare cet âge de Kali à un océan où règnent en maître le vice et le mal sous de multiples formes et que nul ne peut surmonter, tout comme il serait vain, même pour le plus habile nageur, de vouloir traverser l'Atlantique. Ce kali-yuga souffre de tant d'anomalies qu'il semble n'y avoir aucun remède. Pourtant, il existe bien une solution, kirtanad eva krsnasya mukta-sangah param vrajet: le Bhagavatam explique en effet qu'en chantant le Nom de Krsna -le maha-mantra Hare Krsna-, vous serez guéris de l'infection provoquée par ce kali-yuga.

Je vous remercie beaucoup.

Par A.C. Bhaktivedanta Swami Srila Prabhupada

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare

Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare