SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1
CHAPITRE 6

Dialogue de
Narada et Vyasadeva.

VERSET 11

sphitan janapadams tatra
pura-grama-vrajakaran
kheta-kharvata-vatis ca
vanany upavanani ca

TRADUCTION

Je traversai alors plusieurs capitales prospères, des villes, des villages, des fermes d'élevage, des mines, des terres cultivées, des vallées, des jardins fleuris, des forêts, des pépinières.

TENEUR ET PORTEE

Les activités de l'homme dans les domaines de l'agriculture, de l'exploitation des mines, de l'élevage, de l'industrie, du jardinage, et ainsi de suite, connaissaient, dans la création antérieure à celle où nous vivons, le même développement que de nos jours, et continueront d'exister, telles quelles, dans la création à venir. De par les lois naturelles, chaque création doit être, après plusieurs centaines de millions d'années, anéantie, puis, après autant d'années, suivie d'une autre. Et chaque fois, l'histoire de l'univers se répète pratiquement de la même manière. Nos élucubrateurs mondains perdent ainsi leur temps avec leurs fouilles archéologiques, et oublient les valeurs réelles de l'existence. Sri Narada Muni, pour sa part, bien qu'encore enfant, n'accorda pas un seul instant à de telles recherches, ni à la poursuite des richesses, même après avoir vu villes et villages, mines et industries prospères. Dès qu'il s'éveilla à la vie spirituelle, il continua sans faillir de marcher vers l'émancipation absolue.

Le Srimad-Bhagavatam relate donc les faits du passé, dont certain, tels ceux qui nous occupent, se sont produits il y a plusieurs centaines de millions d'années; mais il ne s'attache qu'aux plus saillants.

VERSET 12

citra-dhatu-vicitradrin
ibha-bhagna-bhuja-druman
jalasayan chiva-jalan
nalinih sura-sevitah
citra-svanaih patra-rathair
vibhramad bhramara-sriyah

TRADUCTION

Je traversai des collines et des montagnes regorgeant de minerais précieux, tels l'or, l'argent et le cuivre, ainsi que des régions couvertes d'étangs et de lacs qui, fleuris de lotus magnifiques et bourdonnant d'abeilles ivres ainsi que d'oiseaux mélodieux, auraient fait un lieu de choix pour les habitants des planètes édéniques.

VERSET 13

nala-venu-saras-tanba-
kusa-kicaka-gahvaram
eka evatiyato ham
adraksam vipinam mahat
ghoram pratibhayakaram
vyaloluka-sivajiram

TRADUCTION

Puis, je traversai en solitaire des forêts nombreuses envahies de bambous, de roseaux et d'herbes diverses, où maintes cavernes se creusent, et qu'il est dur de traverser seul. Je parcourus encore des jungles menaçantes, profondes, sombres et redoutables, lieux où s'ébattent serpents, hiboux et chacals.

TENEUR ET PORTEE

Il va du devoir du parivrajakacarya, ou sage errant, de parcourir en tous sens la création de Dieu, de voyager seul à travers les forêts, les montagnes, les villes et les villages.... cela pour acquérir foi en Dieu et affermir son mental, mais aussi pour éclairer tous ceux qu'il croise sur sa route en leur transmettant le message de Dieu. Le sannyasi doit d'office prendre tous ces risques sans la moindre crainte, et l'exemple le plus parfait dans l'âge de Kali nous en est donné par Sri Caitanya Mahaprabhu, qui voyagea à travers toutes les jungles de l'Inde centrale, illuminant même les tigres, les ours, les serpents, les cerfs, les éléphants et les nombreux autres animaux de la forêt.

Dans l'âge de Kali, l'homme du commun se voit en général interdit d'adopter le sannyasa; ceux qui le font tout de même, qui en revêtent le vêtement en vue de quelque propagande, doivent donc être distingués des véritables renonçants. Chacun peut, et doit, cependant, accomplir le voeu de mettre un terme à toute activité sociale dans l'ordre temporel et se consacrer entièrement au service du Seigneur. Changer de vêtement ne représente en définitive qu'un acte purement formel. Sri Caitanya n'accepta pas même de changer Son nom pour prendre un nom de sannyasi, et ceux qui, dans cet âge, empruntent le sannyasa devraient, à cet égard, suivre Son exemple. Pour l'âge de Kali, on recommande plus particulièrement la pratique du service de dévotion, par l'écoute et l'exaltation des saintes gloires du Seigneur. Celui qui fait voeu de renoncement à la vie familiale n'a donc pas à imiter les parivrajakacaryas, comme Narada ou Sri Caitanya; il suffit qu'il établisse sa résidence en quelque lieu saint et consacre tout son temps, toute son énergie, à écouter et à redire sans fin le message des Saintes Ecritures que nous ont laissées de grands acaryas -tels les six Gosvamis de Vrndavana.

VERSET 14

parisrantendriyatmaham
trt-parito bubhuksitah
snatva pitva hrade nadya
upasprsto gata-sramah

TRADUCTION

Voyageant ainsi, je sentis la fatigue s'emparer de mon corps et de mon mental, la faim et la soif me tenailler. Je pris alors un bain dans un lac alimenté par une rivière et me désaltérai de son eau, dont le contact me soulagea de toute lassitude.

TENEUR ET PORTEE

Le sage errant (le parivrajakacarya) peut satisfaire aux besoins du corps -la faim et la soif- grâce aux seuls dons de la nature, sans avoir à se présenter à la porte des grhasthas pour leur demander l'aumône. S'il se rend tout de même chez les grhasthas, ce n'est donc pas pour mendier, mais bien pour les éclairer spirituellement.

VERSET 15

tasmin nirmanuje ranye
pippalopastha asritah
atmanatmanam atmastham
yatha-srutam acintayam

TRADUCTION

Puis, à l'ombre d'un arbre banian, dans une forêt déserte, je commençai de méditer en toute intelligence sur l'Ame Suprême sise en moi, comme j'avais appris à le faire des âmes libérées.

TENEUR ET PORTEE

On ne doit pas pratiquer la méditation selon ses propres fantaisies, mais plutôt en apprendre l'art exact auprès des sources autorisées que représentent les Ecritures, et par l'intermédiaire "transparent" d'un maître spirituel authentique. Alors seulement pourra-t-on, utilisant comme il convient une intelligence désormais développée, méditer sur l'Ame Suprême, sise en chaque être. Le bhakta qui a servi le Seigneur avec amour et dévotion sous la direction de son maître spirituel s'établit fermement à ce niveau de conscience. Sri Naradaji entra au contact d'un maître spirituel qualifié, le servit en toute bonne foi et en obtint l'illumination; c'est ainsi qu'il commença à méditer.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare