SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 5 Narada instruit Vyasadeva
sur le Srimad-Bhagavatam.
kurvana yatra karmani
bhagavac-chiksayasakrt grnanti guna-namani krsnasyanusmaranti ca
Un bhakta expérimenté peut façonner son existence de manière à s'acquitter de toutes sortes de devoirs, liés à cette vie ou la suivante, sans cesser de se rappeler le Seigneur, Son Nom, Sa Renommée, Ses Attributs... Quant à la volonté du Seigneur, elle se trouve clairement exprimée dans la Bhagavad-gita: on ne doit agir, dans quelque domaine que ce soit, que pour Sa satisfaction. Dans tous les domaines, le Seigneur doit être reconnu comme le possesseur et le bénéficiaire suprême. Même lors des rites védiques, lorsqu'un culte est rendu à certains devas, comme Indra, Brahma, Sarasvati ou Ganesa, Visnu doit toujours être présent en tant que yajnesvara ou maître de tout sacrifice. Il est recommandé d'offrir un culte à différent devas dans le but d'obtenir différents bienfaits, mais pour que le sacrifice soit complet, la présence de Visnu est requise. Outre ces rites védiques, nous devons considérer nos devoirs quotidiens -familiaux, sociaux, professionnels ou autres- comme autant d'occasions de répondre à la nécessité d'offrir les fruits de nos actes au bénéficiaire suprême, Sri Krsna. Celui-ci, dans la Bhagavad-gita, S'est Lui-même révélé être le bénéficiaire ultime de toutes choses, souverain de tous les astres et ami de tous les êtres. Nul autre que Sri Krsna ne peut affirmer sans mentir qu'il possède ne serait-ce qu'un fragment de Sa création. Le pur bhakta se rappelle toujours de ce que le Seigneur est cet unique possesseur de tout, et dans cet esprit, glorifie constamment Son Nom, Sa Renommée et Ses Attributs sublimes, de telle sorte qu'il reste toujours en contact avec Lui. Car, le Nom du Seigneur, Ses Gloires, Ses Attributs.... ne sont pas différents de Sa Personne, si bien que celui qui demeure toujours en contact avec eux jouit en fait constamment de la présence personnelle du Seigneur. Nous devons consacrer la majeure partie, au moins cinquante pour cent, de nos revenus à servir les desseins de Sri Krsna. Et nous ne devons pas seulement sacrifier nos gains à Sa cause, mais également faire en sorte de prêcher à autrui le culte de la dévotion, car telle est aussi la volonté du Seigneur. Celui-ci déclare en effet clairement que nul ne Lui est plus cher que celui qui se consacre entièrement à la propagation de Ses Noms et de Ses gloires partout à travers le monde. Pour accomplir ce dessein de Dieu, même les découvertes scientifiques de la civilisation matérialiste peuvent être avantageusement utilisées. D'autre part, Sri Krsna désire que le message de la Bhagavad-gita soit enseigné parmi Ses dévots, et non parmi les hommes qui se montrent dénués de toute formation spirituelle ou incapables d'austérité et de charité. Il s'avère donc nécessaire d'entreprendre la conversion des âmes rebelles au service de dévotion, pour en faire des bhaktas. Or, Sri Caitanya a enseigné une méthode très simple pour répandre le message spirituel, méthode qui consist à chanter et à danser la gloire du Seigneur, de même qu'à honorer Son délicieux prasada; chacun devrait engager la moitié de ses gains dans cette voie. Si seulement, en cet âge déchu, où règnent la discorde et le désordre, les personnalités influentes et les bien nantis de la société consacraient ainsi la moitié de leurs revenus personnels au service du Seigneur, tel que l'a recommandé Sri Caitanya Mahaprabhu, aucun doute que ce pandémonium se changerait en le royaume spirituel du Seigneur. Personne ne refusera de participer à une fête où chants et danses plaisants et nourriture délicieuse sont offerts. Chacun s'en fera au contraire un plaisir, et sera dès lors assuré d'y sentir la présence spirituelle du Seigneur. Par cette simple méthode, on pourra entrer au contact du Seigneur, et ainsi se purifier, pour parfaire sa réalisation spirituelle. La seule condition requise au succès de telles activités spirituelles est qu'elles soient accomplies sous la direction d'un pur bhakta, entièrement détaché de tout désir matériel, de toute action intéressée et de toute spéculation aride sur la nature du Seigneur. Pourquoi chercher à percer par soi-même la nature du Seigneur quand Il la dévoile Lui-même, plus spécialement dans la Bhagavad-gita, mais également dans tous les autres Textes védiques. Nous devons simplement accepter ces Ecritures in toto, et suivre les directives qu'y donne le Seigneur. Cette attitude nous mènera à la perfection sans que nous ayions à changer d'occupation, de statut social. Il n'est en effet pas nécessaire, surtout dans l'ère complexe en laquelle nous vivons, de modifier sa position sociale. L'unique condition requise est d'abandonner ses vaines habitudes spéculatives, par lesquelles on vise à s'identifier au Seigneur. Et, après avoir renoncé à ces arrogantes et présomptueuses vanités, on devra simplement s'en remettre aux commandements du Seigneur, tels qu'ils apparaissent dans Bhagavad-gita et le Srimad-Bhagavatam, après les avoir reçus avec la plus grande soumission des lèvres de bhaktas authentiques, dont nous avons déjà mentionné les qualités. Ainsi connaîtrons-nous sans nul doute la réussite.
om namo bhagavate tubhyam
vasudevaya dhimahi pradyumnayaniruddhaya namah sankarsanaya ca
Selon le Pancaratra, Narayana est la source originelle de toutes les émanations divines, dont les quatre premières sont Vasudeva, Sankarsana, Pradyumna et Aniruddha. Lorsque sont représentées ensemble ces quatre Divinités, Vasudeva et Sankarsana Se tiennent au centre, Pradyumna à la droite de Sankarsana et Aniruddha à la gauche de Vasudeva. On les appelle les quatre "aides de camp" de Sri Krsna. Ce verset, qui commence par l'omkara pranava, est un hymne, ou mantra, védique; aussi est-il marqué par les vibrations spirituelles de la formule om namo dhimahi. La portée en est que toute démarche, aussi bien dans le domaine de l'action intéressée que dans celui de la philosophie empirique, ayant un autre but que la réalisation spirituelle, la réalisation du Seigneur Suprême, est jugée vaine. C'est pourquoi, Naradaji a expliqué la nature du service dévotion pur à la lumière de son expérience personnelle, en montrant de quelle manière, par l'application progressive des pratiques dévotionnelles, l'être distinct peut rétablir le lien intime qui l'unit au Seigneur. Ce développement progressif d'une dévotion toute spirituelle pour le Seigneur culmine dans Son service d'amour (prema), où sont échangés divers rasas, ou sentiments spirituels nectaréens. Mais à un niveau inférieur, le service de dévotion peut également se présenter sous une forme mixte, c'est-à-dire mêlé d'actions intéressées ou de spéculations diverses dans le domaine de la philosophie empirique. La question qu'ont soulevée les grands rsis représentés par Saunaka quant à la partie la plus profonde, la plus "confidentielle", de l'enseignement reçu par Suta Gosvami à travers la filiation spirituelle se trouve ici clarifiée par le chant de cet hymne composé de trente-trois lettres. Ce mantra s'adresse au Seigneur et aux émanations plénières qui L'accompagnent. La figure centrale est Sri Krsna, et Ses émanations plénières, Ses "aides de camp'', L'entourent. La partie la plus "confidentielle", donc, de l'enseignement reçu par Suta Gosvami est que l'on doit constamment chanter et se rappeler les gloires de Sri Krsna, le Seigneur Suprême, et de Ses différentes émanations plénières, comme Vasudeva, Sankarsana, Pradyumna et Aniruda. Ces premières émanations du Seigneur représentent les Divinités originelles desquelles procèdent toutes les autres manifestations, qu'il s'agisse des visnu-tattvas ou des sakti-tattvas.
iti murty-adhidhanena
mantra-murtim amurtikam yajate yajna-purusam sa samyag darsanah puman
Les organes de perception dont nous disposons à l'état présent sont formés d'éléments matériels, et donc imparfaits; ils ne sauraient nous permettre de réaliser la Forme spirituelle et absolue de Sri Visnu. C'est pourquoi on adore Ce dernier dans Sa Forme sonore, par la modulation de sons spirituels. Toute vérité hors de portée de nos sens imparfaits peut être pleinement réalisée à travers sa manifestation sonore. On peut par exemple, en ce monde, transmettre les sons à de très grandes distances. Si la chose est possible sur le plan matériel, pourquoi ne le serait-elle pas au niveau spirituel? La réalisation atteinte par l'audition des vibrations sonores spirituelles n'a rien de vague ou d'impersonnel. Il s'agit en fait de connaître en vérité l'Absolu, la Personne Divine, qui possède la Forme pure de l'éternité, de la connaissance et de la félicité. L'Amara-kosa, dictionnaire sanskrit, donne du mot murti deux significations: forme et difficulté. Pour cette raison, l'acarya Sri Visvanatha Cakravarti Thakura a donné au mot amurtikam le sens de "sans difficulté". Car, nous pouvons réaliser cette Forme d'éternité, de connaissance et de félicité du Seigneur au moyen de nos sens spirituels originels, et ces derniers peuvent être aisément ravivés par le chant, ou la vibration, de mantras sacrés, de sons purement spirituels, à travers lesquels Se manifeste le Seigneur. Ces sons, ces mantras, doivent être reçus par l'intermédiaire "transparent" du maître spirituel authentique, et leur vibration doit également s'effectuer sous sa direction. Ainsi nous approcherons-nous peu à peu du Seigneur. Ce mode d'adoration est particulièrement recommandé dans le Pancaratrika, qui est authentiquement reconnu et fait grande autorité en la matière. Cet Ecrit renferme en vérité les principes les mieux reconnus quant à la pratique du service de dévotion. Sans l'aide précieuse qu'offrent ses directives, nul ne peut approcher le Seigneur; il ne saurait donc être question d'y parvenir par d'insipides spéculations philosophiques. Le Pancaratrika est à la fois pratique et approprié pour l'ère de discorde à laquelle nous vivons; en définitive, il s'y avère plus important même que le Vedanta.
imam sva-nigamam brahmann
avetya mad-anusthitam adan me jnanam aisvaryam svasmin bhavam ca kesavah
La vibration sonore spirituelle et absolue, par quoi l'on communie avec le Tout spirituel, ou le Seigneur Suprême, Sri Krsna, ne diffère en rien de Lui. Il s'agit là d'une voie absolument parfaite pour approcher le Seigneur. Le bhakta qui établit ainsi un contact pur avec le Seigneur, en évitant les dix offenses liées à des concepts d'ordre matériel, peut transcender le plan de la matière et pénétrer le sens profond des Ecritures védiques, même en ce qui a trait à l'existence du Seigneur dans le royaume spirituel. Le Seigneur Se révèle peu à peu à celui qui possède une foi indéfectible en le maître spirituel et en Sa Personne. Puis, le bhakta se voit attribuer les huit perfections surnaturelles. Mais par-dessus tout, il est reçu dans l'entourage intime du Seigneur et se voit confier par le maître spirituel un service spécifique à accomplir pour Lui. Notons ici que le pur bhakta se préoccupe davantage de servir le Seigneur que d'exhiber les pouvoirs surnaturels latents en lui. Sri Narada a expliqué tous ces achèvements à la lumière de son expérience personnelle, et chaque homme peut atteindre les mêmes en s'appliquant à faire vibrer parfaitement, purement, les sons spirituels, qui sont la manifestation sonore du Seigneur. Tous, sans discrimination, peuvent faire vibrer ces sons purement spirituels, pourvu qu'ils soient reçus des lèvres d'un représentant de Narada, appartenant à la parampara, à la filiation spirituelle authentique.
tvam apy adabhra-sruta visrutam vibhoh
samapyate yena vidam bubhutsitam prakhyahi duhkhair muhur arditatmanam sanklesa-nirvanam usanti nanyatha
Sri Narada Muni affirme ici définitivement, par expérience personnelle, que la solution parfaite à tous les problèmes dus à l'existence matérielle réside dans la diffusion universelle des gloires absolues du Seigneur Suprême. On compte quatre ordres d'hommes vertueux et aussi quatre d'impies, de mécréants. Les premiers, qui reconnaissent la suprématie du Seigneur tout-puissant, sont ceux qui 1) dans le malheur, 2) dans le besoin, 3) élevés dans le savoir, ou 4) désireux d'approfondir leur connaissance de Dieu, prennent intuitivement refuge auprès du Seigneur. Pour eux, Naradaji conseille à Vyasadeva de diffuser la connaissance spirituelle et absolue de Dieu selon la vaste érudition que lui-même a déjà acquise en matière de savoir védique. Les seconds sont 1) ceux qui, en vue d'améliorer leurs conditions matérielles, se livrent tout entier à l'action intéressée et qui s'exposent par là même aux souffrances nécessairement inhérentes à ces actes, 2) ceux qui se vouent à toutes sortes de pratiques perverses visant à la satisfaction des sens, et qui doivent forcément en subir les conséquences, 3) ceux qui possèdent une vaste érudition matérielle mais n'ont pas la faculté de reconnaître la suprématie du Seigneur tout-puissant, et qui, par suite, doivent également connaître maintes souffrances, enfin 4) ceux qu'on nomme athées, et qui, malgré tous les tourments qui les affligent, s'opposent violemment ne serait-ce qu'au Nom même de Dieu. Sri Naradaji conseille donc à Vyasadeva de dépeindre les gloires du Seigneur, et cela, pour le seul bien des huit ordres d'humains, des vertueux comme des mécréants. Ainsi le Srimad-Bhagavatam n'est-il pas destiné à quelque secte, ou groupe particulier, mais bien à toute âme sincère et désireuse de servir son véritable bien comme d'atteindre la paix du mental. Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le cinquième chapitre du premier Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: ''Narada instruit Vyasadeva sur le Srimad-Bhagavatam".
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