SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 5 Narada instruit Vyasadeva
sur le Srimad-Bhagavatam.
yenaivaham bhagavato
vasudevasya vedhasah mayanubhavam avidam yena gacchanti tat-padam
Le service de dévotion, ou le plus secret des savoirs, donne de comprendre sans peine la manière dont agissent les différentes énergies du Seigneur. Selon la sruti, le Seigneur possède une infinité d'énergies, par quoi Il accomplit toutes choses sans avoir à fournir Lui-même d'effort, et ces énergies se regroupent toutes sous trois catégories principales. Une première, inférieure, permet la manifestation de l'univers matériel, tandis qu'une deuxième, supérieure, fait se déployer le monde spirituel. Et entre les deux, on trouve une troisième énergie, intermédiaire, ou marginale, que constituent les êtres distincts, agissant dans le cadre soit de l'énergie matérielle, soit de l'énergie spirituelle. Ceux d'entre eux qui servent l'énergie matérielle doivent lutter très durement pour maintenir leur existence et connaître le bonheur, lequel ne s'Offre d'ailleurs à eux que sous une forme illusoire. Mais ceux, au contraire, qui évoluent dans l'énergie spirituelle servent directement le Seigneur et jouissent d'une existence éternelle, toute de connaissance et de félicité absolues. Le Seigneur souhaite, comme Il l'a Lui-même laissé entendre dans la Bhagavad-gita, que toutes les âmes conditionnées, qui croupissent dans le royaume de l'énergie matérielle, y abandonnent toutes leurs occupations pour revenir auprès de Lui. Telle est la part la plus secrète du savoir. Mais seuls y ont accès les purs bhaktas, qui seuls également peuvent entrer dans le royaume de Dieu, voir le Seigneur face à face et Le servir personnellement. Sri Narada Muni, qui atteignit lui-même ce stade de savoir et de félicité éternels, nous en donne l'exemple vivant. Or, cette perfection est à la portée de tous ceux qui acceptent de marcher sur ses traces.
etat samsucitam brahmams
tapa-traya-cikitsitam yad isvare bhagavati karma brahmani bhavitam
Sri Narada Muni, par expérience personnelle, a réalisé que la voie la plus praticable et la plus sûre vers le salut, ou l'affranchissement de toutes les souffrances propres à l'existence matérielle, consiste à écouter d'une oreille soumise les Divertissements sublimes du Seigneur auprès de sources sûres, authentiques. En vérité, il s'agit là de l'unique remède à tous les maux. L'existence matérielle n'est que source de tourments, et pour mettre un terme aux trois formes de souffrance qu'on y confronte -celle causée par le corps et le mental, celle causée par les puissances naturelles et celle causée par les autres entités vivantes -les sots font jaillir de leurs menues cervelles mille ''solutions", mille "remèdes". Le monde entier lutte pour échapper à ces maux, mais ignore que seule la sanction du Seigneur peut faire aboutir tout projet de paix et de quiétude. Toute mesure prise pour soigner un malade s'avérera vaine si elle ne reçoit pas la sanction du Seigneur, et si ce n'est par Sa sanction, aucun navire ne nous garantira la traversée de l'océan, pas plus que les parents ne pourront assurer la protection de leurs enfants. Rien ne saurait s'accomplir sans cette sanction. Nous devons réaliser qu'en toute chose, le Seigneur agit comme le consentant ultime; omniprésent, omnipotent, omniscient et omnipénétrant, c'est Lui qui accorde le résultat, favorable ou défavorable, de toute action. Par suite, si nous voulons franchir tous les obstacles et connaître le bonheur suprême, nous devons soumettre tous nos efforts à la grâce du Seigneur. Il nous faut L'accepter soit en tant que le Brahman impersonnel, soit en tant que le Paramatma "localisé", soit en tant que la Personne Suprême, et apprendre à Lui dédier tous nos actes. Quelle que soit sa condition, chaque homme doit se vouer tout entier au Seigneur. Si vous êtes un intellectuel, un savant, un philosophe, ou un poète, étudiez les diverses manifestations de l'énergie de Dieu, utilisez votre savoir pour établir Sa suprématie absolue, et non pour chercher à Le rabaisser, à L'égaler ou à prendre Sa place en faisant étalage d'un savoir qui ne peut être qu'imparfait. Si vous êtes un administrateur, un homme d'état, un politicien, un militaire, efforcez-vous de faire valoir la prééminence du Seigneur dans l'exercice de vos fonctions, ou combattez pour Sa cause, comme le fit Sri Arjuna: tout d'abord, ce grand guerrier refusa de combattre, mais revint sur sa décision dès que Sri Krsna l'eût convaincu de la nécessité du combat; il livra donc bataille pour la cause du Seigneur. Et si vous êtes un homme d'affaires, un industriel ou un agriculteur, investissez dans la cause du Seigneur les profits que vous réalisez à si grand-peine, en gardant toujours à l'esprit que toutes richesses Lui appartiennent. En effet, la richesse, c'est Laksmi, la déesse de la fortune, qui a pour époux Narayana, le Seigneur Lui-même. Engagez donc Laksmi dans le service de Narayana, et trouvez ainsi le bonheur. Voilà comment réaliser Dieu dans n'importe quel domaine. L'idéal est évidemment de s'affranchir de toute activité matérielle pour se consacrer tout à fait à l'écoute des Divertissements sublimes du Seigneur, mais si cela s'avère impraticable, il faut alors s'efforcer d'employer nos aptitudes et penchants naturels au service du Seigneur. Telle est la clé de la prospérité et de la paix. Le mot samsucitam, dans le verset qui nous occupe, revêt une importance spécifique. Il faut bien se garder, en effet, d'assimiler la réalisation de Narada à quelque fantasme puéril; ce mot, samsucitam, indique précisément que sa réalisation est confirmée par celle de savants et sages érudits.
amayo yas ca bhutanam
jayate yena suvrata tad eva hy amayam dravyam na punati cikitsitam
Un médecin qualifié guérit ses patients au moyen de diètes curatives. Il arrive, par exemple, qu'une trop grande consommation d'aliments à base de lait entraîne divers troubles au niveau de l'intestin, mais ce même lait, si on le transforme en caillé auquel on ajoutera certains ingrédients médicinaux, guérira le mal. De même, les trois sources de souffrance qui marquent l'existence matérielle ne sauraient être éliminées par les seules actions matérielles. Celles-ci doivent être spiritualisées, par la pratique du service de dévotion. De même qu'au contact du feu, le métal acquiert les mêmes propriétés que le feu, toute chose matérielle utilisée au service du Seigneur devient aussitôt spiritualisée. Telle est la clé de la réussite spirituelle. Nous ne devons pas chercher à dominer la nature matérielle, mais non plus à rejeter toute chose matérielle. Le meilleur moyen -faisant contre mauvaise fortune bon coeur- de tirer parti de notre présence dans l'univers matériel, consiste à tout utiliser en rapport avec l'Etre spirituel suprême. Tout provient de Lui qui, par Son inconcevable puissance, peut changer le spirituel en matériel et inversement. Ainsi, par Sa volonté suprême, toute chose matérielle -qualifiée telle seulement parce que recouverte d'un concept matériel- peut se transformer en énergie spirituelle. Une telle conversion s'opère en utilisant ce qu'on nomme matière au service du spirituel. Tel est le remède qui nous soulagera de tous les maux matériels dont nous sommes la proie, et le moyen même par quoi nous élever au niveau spirituel où n'existent ni souffrance, ni lamentation, ni crainte. Et lorsque nous employons ainsi toutes choses au service du Seigneur, il nous est donné de réaliser que rien n'existe hors du Brahman Suprême. Ainsi réalisons-nous le mantra védique traduit par la formule "Tout est Brahman".
evam nrnam kriya-yogah
sarve samsrti-hetavah ta evatma-vinasaya kalpante kalpitah pare
La Bhagavad-gita compare l'action matérielle, intéressée, dans laquelle s'absorbent de temps immémorial les êtres conditionnés, à un arbre banian, car elle pousse comme lui de profondes racines. Or, tant que l'âme entretient ce désir de jouir des fruits de ses actes, elle doit continuer de transmigrer d'un corps à un autre, ses nouvelles conditions d'existence se trouvant à chaque fois déterminées par ses actes antérieurs. Dès que dans l'être l'inclination à tirer jouissance de tout se transforme en désir de faire la volonté du Seigneur, toute activité se change en karma-yoga, c'est-à-dire qu'il peut désormais atteindre la perfection spirituelle tout en continuant d'oeuvrer selon ses tendances propres. En bref, lorsqu'on utilise au service du Seigneur les fruits de toutes nos actions, intéressées ou autres, ces dernières cessent d'entraîner des conséquences matérielles et se transforment peu à peu en service de dévotion absolu, qui aura pour effet non seulement de déraciner totalement l'arbre banian du karma (indiqué dans notre verset par le mot atma), mais encore d'élever leur auteur jusqu'aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Le processus entier par quoi on atteint cette perfection peut se résumer comme suit. Tout d'abord, rechercher la compagnie de purs bhaktas qui, versés dans l'étude du Vedanta, sont en outre des âmes réalisées, entièrement vouées au service du Seigneur Suprême, Sri Krsna. Puis, sous leur tutelle, appliquer sans aucune réserve le corps et le mental au service d'amour du Seigneur. Lorsque cette attitude de service est clairement présente chez le néophyte, elle incite davantage les mahatmas à le bénir de leur grâce, laquelle lui confère alors toutes les qualités spirituelles propres aux purs dévots du Seigneur. De là, on développera peu à peu un profond attachement pour l'écoute des Divertissements spirituels et absolus du Seigneur, et on se qualifiera pour saisir la nature réelle des corps grossier et subtil, puis, au-delà, connaître l'âme pure et sa relation éternelle avec l'Ame Suprême, ou Dieu. Une fois rétablie cette relation éternelle, le service de dévotion pur offert au Seigneur donne peu à peu accès à la connaissance parfaite de la Personne Suprême, qui Se trouve au-delà du Brahman impersonnel et du Paramatma "localisé". La voie décrite dans ces lignes, et que la Bhagavad-gita nomme le purusottama-yoga, permet à quiconque l'emprunte d'atteindre la perfection au cours de cette vie même, en ce corps, et de développer, dans les proportions les plus vastes qu'il est possible à l'être distinct, les différentes qualités du Seigneur. Telle est l'évolution graduelle de celui qui vit au contact de purs bhaktas.
yad atra kriyate karma
bhagavat-paritosanam jnanam yat tad adhinam hi bhakti-yoga-samanvitam
La croyance générale veut qu'en pratiquant l'action intéressée selon les directives des Ecritures, l'homme devienne parfaitement en mesure d'acquérir le savoir spirituel nécessaire à la réalisation de l'Absolu. Dans cette optique, certains vont même jusqu'à considérer le bhakti-yoga comme une autre forme de karma. Mais en vérité, le bhakti-yoga se situe au-delà du karma et du jnana, il en est entièrement indépendant. Toutefois, le karma et le jnana dépendent, eux, du bhakti-yoga. Si, dans notre verset, Seri Narada recommande spécifiquement le kriya-yoga, ou karma-yoga, à Vyasa, c'est que ce yoga a pour principe la satisfaction du Seigneur. Le Seigneur ne désire nullement que Ses fils, les êtres distincts, subissent les souffrances de trois sources qui marquent l'existence matérielle. Il souhaite au contraire les voir tous revenir à Lui pour vivre auprès de Lui, mais ce retour à Dieu ne peut s'effectuer que si l'on se purifie de toute "infection", ou souillure, matérielle. Et pour atteindre à cette purification, qu'accompagne directement le savoir spirituel, on doit agir en vue de la seule satisfaction du Seigneur Suprême. Le savoir, donc, découle d'un tel karma, provient d'actions accomplies pour l'amour du Seigneur. D'autre part, nulle connaissance dissociée d'avec le bhakti-yoga, ou la satisfaction du Seigneur, ne nous fera rejoindre le royaume de Dieu; comme nous l'avons expliqué à propos du verset naiskarmyam apy acyuta-bhavavarjitam (S.B., 1.5.12), un tel savoir ne peut pas même conduire au salut. En conclusion, le bhakta qui se voue sans partage au service du Seigneur, particulièrement en ce qui touche à l'écoute et au chant de Ses gloires absolues, obtient dans un même temps, par la grâce divine, l'illumination spirituelle. 'Tel est l'enseignement de ce verset, que corrobore d'ailleurs la Bhagavad-gita.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |