SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 5 Narada instruit Vyasadeva
sur le Srimad-Bhagavatam.
sa vai bhavan vada samasta-guhyam
upasito yat purusah puranah paravareso manasaiva visvam srjaty avaty atti gunair asangah
Celui qui s'engage tout entier dans le service du Seigneur incarne le savoir total. Un tel bhakta, établi dans la forme parfaite du service de dévotion, partage en outre les perfections du Seigneur Suprême. Ainsi des huits perfections yogiques (asta-siddhis), qui ne constituent cependant qu'un fragment de son opulence sublime. Un bhakta comme Narada, exemple de l'être distinct parfait à tous égards, bien que restant subordonné au Seigneur Suprême, peut, par sa perfection spirituelle, accomplir toutes sortes de merveilles, ce que tous les êtres cherchent à réaliser.
tvam paryatann arka iva tri-lokim
antas-caro vayur ivatma-saksi paravare brahmani dharmato vrataih snatasya me nyunam alam vicaksva
La réalisation spirituelle, les actes de piété, l'adoration des murtis, la charité, la compassion, la non-violence et l'étude des Ecritures, suivant des règles de stricte discipline, apportent certes toujours une grande aide.
sri-narada uvaca
bhavatanudita-prayam yaso bhagavato malam yenaivasau na tusyeta manye tad darsanam khilam
Tu n'as pas vraiment exposé les gloires sublimes et sans tache du Seigneur Suprême. Or, toute philosophie qui n'apporte pas de satisfaction aux Sens spirituels et absolus du Seigneur doit être considérée comme sans valeur.
L'être distinct est l'éternel serviteur du maître éternel, le Seigneur Suprême; telle est la relation naturelle et éternelle qui les unit. Si le Seigneur S'est multiplié en d'innombrables êtres distincts, c'est afin d'accepter d'eux un service d'amour, et seul cet échange pourra satisfaire à la fois le Seigneur et les êtres distincts. Le grand érudit qu'est Vyasadeva a largement développé les Ecritures védiques, en terminant par l'exposé de la philosophie du Vedanta, mais aucun de ces traités ne glorifie directement le Seigneur Suprême. D'arides constructions philosophiques, même lorsqu'elles portent sur le sujet spirituel de l'Absolu, ne présentent que peu d'attrait si elles ne glorifient directement le Seigneur. La réalisation de la Personne Divine représente l'aspect ultime de la réalisation de l'Absolu. En effet, la réalisation de l'Absolu en tant que Brahman impersonnel ou que Paramatma, l'Ame Suprême "localisée", engendre une félicité spirituelle moindre que la réalisation des gloires de Sa Forme personnelle. Bien que lui-même auteur de la philosophie du Vedanta, ou vedanta-darsana, Vyasadeva demeure troublé. Quel genre de félicité spirituelle peuvent donc goûter les lecteurs et les auditeurs du Vedanta s'ils n'en reçoivent pas l'explication directe de Vyasadeva, son auteur? Ici s'exprime donc le besoin, pour Vyasadeva, d'expliquer le Vedanta-sutra, à travers le Srimad-Bhagavatam.
yatha dharmadayas cartha
muni-varyanukirtitah na tatha vasudevasya mahima hy anuvarnitah
Sri Narada ne tarde pas à établir son diagnostic: la cause profonde de l'insatisfaction de Vyasadeva repose en ce qu'il a délibérément négligé de glorifier le Seigneur à travers ses divers Puranas. Certes, dans le cours de ses textes, il a décrit les gloires du Seigneur, Sri Krsna, mais sans leur donner autant d'importance qu'aux actes de piété, à la recherche des richesses, au plaisir des sens ou au salut. Or, l'adhérence à ces quatre principes est de beaucoup inférieure à la pratique du service de dévotion offert au Seigneur, et Sri Vyasadeva, en érudit authentique, le savait fort bien. Cependant, plutôt que de donner une importance accrue à l'occupation suprême, qu'est le service de dévotion, il a fait un usage plus ou moins inconsidéré de son temps précieux, d'où son désenchantement. Ces enseignements nous montrent de façon claire qu'à moins de pratiquer le service de dévotion, nul ne peut trouver de satisfaction réelle, ce que confirme d'ailleurs la Bhagavad-gita. Après la libération qui représente le dernier des quatre principes énoncés ci-haut, et fondés sur les actes de piété, l'être adopte la pratique du pur service de dévotion, et se situe dès lors au niveau de la réalisation spirituelle, au niveau du brahma-bhuta, où il trouve enfin la pleine satisfaction. Mais cette satisfaction ne représente en soi que le début de la félicité spirituelle. Il faut donc d'abord réaliser quelque progrès dans ce monde relatif en atteignant à l'équanimité, à l'égalité d'esprit, pour ensuite s'établir dans le service d'amour sublime du Seigneur. Tel est l'enseignement de la Personne Divine dans la Bhagavad-gita. En conclusion, pour se maintenir au niveau du brahma-bhuta, aussi bien que pour accroître son degré de réalisation spirituelle, Vyasadeva se voit recommander par Narada de décrire avec enthousiasme et en profondeur le sentier du service de dévotion, seule manière pour lui de se délivrer d'un grave découragement.
na yad vacas citra-padam harer yaso
jagat-pavitram pragrnita karhicit tad vayasam tirtham usanti manasa na yatra hamsa niramanty usik-ksayah
Le cygne et le corbeau n'ont pas même plumage. On compare les hommes de passion, voués aux actes intéressés, à des corbeaux, et les saints hommes, parfaitement accomplis, à des cygnes: leurs mentalités diffèrent totalement. Le corbeau cherche son plaisir là où s'accumulent les immondices, et de même, celui qui, sous l'influence de la passion, s'engage dans l'action intéressée cherche son plaisir dans le vin et les femmes, en des lieux où abondent les plaisirs des sens. Le cygne, lui, ne trouve aucun plaisir dans les rendez-vous croassants -réunions, conférences ou autres- des corbeaux. On les retrouve plutôt là où règne une atmosphère de paix naturelle, près des eaux transparentes embellies de fleurs de lotus, dont les couleurs variées relèvent la beauté du paysage. Ainsi se distinguent ces deux oiseaux. La nature a doté les diverses espèces vivantes de mentalités diverses, et il n'est pas possible de les ranger toutes à un même niveau. De même, il existe divers ordres d'écrits, destinés à divers hommes, toujours selon leur mentalité. Ainsi, les ouvrages appréciés des hommes pareils-au-corbeau sont ceux où abondent les immondices des grands thèmes sensuels. Ils sont généralement caractérisés par une suite de propos temporels liés au corps grossier ou au mental subtil, de même que par des étalages descriptifs en langage fleuri, farcis de comparaisons et de métaphores matérielles. Mais ils ne rendent pas gloire au Seigneur. Or, quel qu'en soit le sujet, toute prose ou poésie composée en termes pareils, c'est un ornement sur un cadavre. Les spiritualistes élevés, semblables au cygne, n'attachent aucun intérêt à ces livres sans vie, qui font le délice des hommes morts à la vie spirituelle. Ces écrits de la passion et de l'ignorance se présentent sous toutes sortes d'étiquettes, mais ils ne peuvent en rien étancher la soif spirituelle de l'homme; voilà pourquoi les hauts spiritualistes, pareils-au-cygne, n'en ont que faire. Ces hommes aux pensé spirituelles élevées sont également appelés manasas, car ils se maintiennent toujours dans les cadres du service volontaire, sublime, que l'on offre au Seigneur. Ce qui ne laisse aucune place aux actions intéressées, celles que motivent les plaisirs des sens matériels ou les spéculations subtiles du mental égocentrique, également matériel. Tant qu'ils restent tout entiers plongés dans la recherche de plaisirs matériels toujours accrus, écrivains, savants, poètes profanes, théoriciens et politiciens ne sont que jouets dans les mains de l'énergie matérielle. Ils cherchent leur bonheur en des endroits où sont déversés mille sujets impurs. Selon Svami Sridhara, leur plaisir est comparable à celui des chasseurs de prostituées. Quant aux Ecrits décrivant les gloires du Seigneur, ils font le délice des paramahamsas, qui ont saisi l'essence de la vie humaine.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |