SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 6 Dialogue de
Narada et Vyasadeva.
antar bahis ca lokams trin
paryemy askandita-vratah anugrahan maha-visnor avighata-gatih kvacit
Comme l'enseigne la Bhagavad-gita, on retrouve, dans l'univers matériel, trois divisions: urdhva-loka, ou le système planétaire supérieur, madhya-loka, ou le système planétaire intermédiaire, et adho-loka, ou le système planétaire inférieur. Au-delà d'urdhva-loka, qui inclut Brahmaloka, se trouvent les enveloppes matérielles de l'univers, puis au-delà encore le monde spirituel infini, qui contient un nombre illimité de planètes. Celles-ci sont sources de leur propre lumière et on les nomme Vaikunthalokas; là vivent, sur chacune, le Seigneur en personne et Ses compagnons, tous éternellement libérés. Or, Sri Narada Muni peut se rendre sur toutes ces planètes matérielles et spirituel sans restriction aucune, au même titre que le Seigneur tout-puissant, lequel est libre de Se transporter dans n'importe quelle partie de Sa création. Dans l'univers matériel, les êtres subissent l'influence des trois gunas-vertu, passion et ignorance. Mais Sri Narada Muni transcende ces influences. Disons qu'il est un cosmonaute libéré. Seuls les bhaktas peuvent, par Sa grâce, percevoir la miséricorde du Seigneur, Sri Visnu, miséricorde sans pareille. Voilà pourquoi ils ne choient jamais de leur position, quand les matérialistes, c'est-à-dire les karmis et les jnanis, doivent, poussés par les différents gunas, choir de la leur. Tous les rsis (tels que ceux mentionnés dans le verset précédent) ne peuvent pas comme Narada, le Narasimha Purana l'enseigne, pénétrer dans le monde spirituel. Des rsis comme Marici, par exemple, font autorité en matière d'action intéressée; d'autres, comme Sanaka et Sanatana, en matière de spéculation philosophique, mais Sri Narada Muni représente l'autorité première en matière de service de dévotion. Tous les grands maîtres du service de dévotion marchent d'ailleurs sur ses traces, en suivant les instructions de son Narada-bhakti-sutra; ainsi tout dévot du Seigneur se qualifie-t-il invariablement pour entrer dans le royaume de Dieu, Vaikuntha.
deva-dattam imam vinam
svara-brahma-vibhusitam murcchayitva hari-katham gayamanas caramy aham
Le Linga Purana donne une description, d'ailleurs confirmée par Srila Jiva Gosvami, de la vina (instrument à cordes) offerte par Sri Krsna à Narada, et dit qu'elle participe de la même nature spirituelle que le Seigneur Lui-même et Narada. Les sons émis par cette vina ne sauraient donc être matériels; ils sont aussi purs et sublimes que le chant des Gloires et Divertissements du Seigneur qu'ils accompagnent, et sans nulle trace de matérialité. Les sept degrés de l'échelle musicale -sa (sadaja), r(rsabha), ga (gandhara), ma (madhyama), pa (pancama), dha (dhaivata) et ni (nisada)- sont également spirituels, et spécialement faits pour être combinés en des mélodies sublimes à la gloire du Seigneur. Pur bhakta, Sri Naradadeva se montre éternellement reconnaissant envers le Seigneur pour le don qu'il lui a fait -de l'instrument- en chantant sans fin Ses gloires sublimes. Ainsi demeure-t-il fermement établi au niveau spirituel, inébranlable. A l'exemple de Sri Narada Muni, toute âme réalisée en ce monde devrait également faire un usage approprié des sons de la gamme, soit sa, r, ga, ma, etc., en les utilisant au service du Seigneur, c'est-à-dire en chantant constamment Ses gloires, comme le recommande la Bhagavad-gita.
pragayatah sva-viryani
tirtha-padah priya-sravah ahuta iva me sighram darsanam yati cetasi
Le Nom, la Forme et les Divertissements du Seigneur Suprême et Absolu, de même que les vibrations sonores qui servent à les glorifier, ne diffèrent pas de Sa Personne même. Dès qu'un bhakta devient pur et s'absorbe dans le service de dévotion lui-même sans tache, par l'écoute, le chant et le souvenir des Noms, Gloires et Activités du Seigneur, Celui-ci devient aussitôt visible à ses yeux spirituels en se reflétant sur le miroir de son coeur, comme par un procédé de télédiffusion. Ainsi, le pur bhakta, uni au Seigneur par le service d'amour absolu qu'il Lui offre, peut goûter à chaque instant Sa présence. De par sa nature psychologique, chacun aime à entendre son éloge, ou l'énumération de ses gloires. C'est là un instinct naturel, et que possède aussi bien le Seigneur, plus haut exemple d'entité personnelle, d'individu. Les traits phychologiques manifestés par les âmes distinctes ne sont autres que le reflet de ceux du Seigneur absolu. La seule différence réside en ce que le Seigneur est suprême parmi tous les êtres, et absolu en tout. Rien d'étonnant donc, à ce qu'Il Se sente attiré lorsque Son pur dévot chante Ses gloires. Et parce que non différent de Ses gloires, puisqu'Il est absolu, Il peut apparaître en personne dans leur description. Si Sri Narada glorifie le Seigneur, ce n'est pas pour son bénéfice personnel, mais pour bénir l'univers entier de la présence du Seigneur, car Ses gloires, une fois encore, ne diffèrent pas de Sa Personne.
etad dhy atura-cittanam
matra-sparsecchaya muhuh bhava-sindhu-plavo drsto hari-caryanuvarnanam
L'être vivant se caractérise par son inaptitude à demeurer inerte, fût-ce un instant. A chaque instant, il lui faut agir, penser ou parler. En général, les matérialistes ne pensent et ne discutent que de choses susceptibles de leur procurer la satisfaction des sens. Mais dictées par l'énergie externe illusoire, pensées et paroles sensuelles ne leur procurent aucune satisfaction véritable. Au contraire, elles les saturent de soucis et d'angoisses. C'est ce qu'on appel maya, "ce qui n'est pas", ou l'illusion. Ils recherchent la satisfaction, mais en des objets incapables de la leur conférer. Narada Muni, donc, à la lumière de son expérience personnelle, déclare ici que ces êtres, frustrés par les plaisirs matériels, trouveront le véritable bonheur dans l'exaltation sans fin des Divertissements du Seigneur. Il s'agit tout simplement de modifier l'objet de ses paroles et de ses pensées. Nul, nous l'avons vu, ne peut s'empêcher ou empêcher autrui, de penser, ni de sentir, de vouloir ou d'agir. Mais si l'on désire connaître le véritable bonheur, il est nécessaire de modifier l'objet de ses pensées, de ses paroles et de ses actes. Plutôt que de discuter les oeuvres politiques d'un simple mortel, il serait préférable de s'entretenir directement de celles du Seigneur. Et plutôt que de se délecter aux aventures des vedettes de cinéma, il vaudrait infiniment mieux se tourner vers les Divertissements du Seigneur avec Ses compagnes éternelles -les gopis et les Laksmis. De par Sa miséricorde immotivée, le Seigneur tout-puissant descend sur Terre et dévoile des Divertissements qui sont d'une certaine manière comparables aux activités des hommes qu'attirent les plaisirs de ce monde. Ses Divertissements n'en demeurent pas moins extraordinaires, car Il est tout-puissant, et s'Il les révèle ainsi, c'est pour le bien des âmes conditionnées, pour qu'elles tournent vers Lui leur attention. Par un tel geste, l'être conditionné pourra en effet s'élever peu à peu au niveau spirituel et ainsi traverser sans mal l'océan de l'existence matérielle, de l'ignorance, principe même de toutes souffrances. C'est ce que nous enseigne, à la lumière de son expérience personnelle, Sri Narada Muni, grande autorité en matière spirituelle. Et une telle expérience peut également devenir nôtre, si nous entreprenons de marcher sur les traces de ce grand sage, dévot infiniment cher du Seigneur.
yamadibhir yoga-pathaih
kama-lobha-hato muhuh mukunda-sevaya yadvat tathatmaddha na samyati
La pratique du yoga vise à maîtriser les sens au moyen de divers execices physiques, qui consistent d'abord à s'asseoir dans une posture donnée pour ensuite, graduellement, penser, sentir, vouloir, se concentrer, méditer et, finalement, se fondre dans la Transcendance. On compare les sens à des serpents venimeux, et le moyen de les maîtriser est la pratique du yoga. Narada Muni, cependant, propose ici une autre méthode: le service d'amour sublime offert à Mukunda, le Seigneur Suprême. Car, il est en mesure d'affirmer, par son expérience propre, que le service de dévotion s'avère plus pratique et efficace en ce qui a trait à la maîtrise des sens que la pratique forcée du yoga. C'est que le service du Seigneur, Mukunda, permet d'employer directement ses sens à des activités spirituelles, sans leur laisser le loisir de rechercher des objets de plaisir matériel. Les sens demandent à agir, et si on tente, pour les maîtriser, de les contraindre à l'inaction, on ne pourra qu'échouer. Dès qu'il s'offrira une occasion de jouissance, les serpents ne manqueront pas de bondir sur la proie. L'histoire nous en offre de nombreux exemples tel celui de Visvamitra Muni, victime de la beauté de Menaka, une courtisane des planètes édéniques. Mais d'un autre côté, Maya en personne, bien qu'elle se soit offerte à lui dans ses plus beaux atours et au coeur de la nuit, ne parvint pas à séduire le grand bhakta Haridasa Thakura. Retenons de ceci qu'hors du service de dévotion offert au Seigneur, ni le yoga, ni le jnana -la voie aride de la spéculation philosophique- ne s'avéreront jamais des pratiques pleinement fructueuses. Le service de dévotion pur, sans aucune teinte de karma -l'action intéressée-, de jnana ou de yoga physique, représente la voie suprême vers la réalisation spirituelle. En soi purement spirituel, il se subordonne par nature les voies du yoga et du jnana. Mais dès que le service de dévotion se mêle de pratiques inférieures, il cesse d'être pur et absolu, et on le dit alors mixte. Srila Vyasadeva, l'auteur du Srimad-Bhagavatam, expliquera graduellement ces différentes voies de réalition spirituelle au long de son ouvrage.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |