Seizième Chapitre.
Natures divines et démoniaques.
VERSET 6
TRADUCTION En ce monde existent deux ordres d'êtres créés, les uns divins, les autres démoniaques. Je t'ai déjà longuement parlé des attributs divins. De Mes lèvres, ô fils de Prtha entends maintenant les attributs démoniaques. TENEUR ET PORTEE Sri Krsna ayant assuré Arjuna qu'il est né avec les qualités divines, lui décrit à présent la voie démoniaque. Les êtres conditionnés en ce monde sont classés en deux ordres. Les premiers, nés avec les qualités divines, mènent une vie soumise à des règles; en d'autres mots, ils suivent les Ecritures et les autorités en matière spirituelle. Chacun devrait, en effet, accomplir son devoir à la lumière d'Ecrits authentiques. Agir ainsi, c'est agir dans l'état d'esprit qu'on qualifie de divin. Les seconds, ceux qui n'observent pas les principes régulateurs énoncés par les Ecritures, et qui agissent au gré de leur caprice, on les nommes asuras, ou démoniaques. Le seul critère est donc ici l'obéissance aux principes régulateurs des Ecritures. De fait, il est enseigné dans les Textes védiques que devas et asuras procèdent tous de Prajapati; leur unique différence réside donc en ce que les uns se plient aux règles védiques, et les autres non.
VERSET 7
TRADUCTION Ce qu'il faut ou ne faut pas faire, les êtres démoniaques l'ignorent. En eux, ni pureté, ni juste conduite, ni véracité. TENEUR ET PORTEE Dans toute société humaine civilisée, on retrouve, dès l'origine, un certain ensemble de règles scripturaires, servant de guide; c'est notamment le cas chez les aryas, c'est-à-dire ceux qui adoptent la culture védique. Au contraire, ceux qui ne suivent pas les règles des Ecritures sont des êtres démoniaques; ce que confirme notre verset en définissant la nature démoniaque par l'ignorance et l'aversion à l'égard de toute règle posée par les Ecritures. Ils ne possèdent donc, pour la plupart, aucune connaissance de ces règles, et les rares parmi eux qui les connaissent n'ont aucunement le désir de les observer. Privés de foi, ils refusent encore d'agir en harmonie avec les règles védiques. Ils ignorent toute propreté, toute pureté, interne ou externe. On doit toujours, avec le plus grand soin, garder le corps propre, en se baignant, en se brossant les dents, en changeant de vêtements... Quant à la pureté interne, elle s'obtient par le souvenir constant des Saints Noms de Dieu, par le chant du maha-mantra: hare krsna hare krsna krsna krsna hare hareLes hommes démoniaques n'aiment ni ne suivent ces principes de pureté interne et externe. Les règles de conduite abondent dans les Ecritures, notamment dans la Manu-samhita, qui contient la loi de la race humaine, et qu'aujourd'hui encore, suivent les Hindous. Les lois qui régissent l'héritage des biens, et d'autres encore, trouvent dans ce livre leur origine. Il prescrit également que les femmes ne doivent pas jouir de liberté, car elles sont comme des enfants. Ce qui, toutefois, ne signifie nullement qu'elles doivent être traitées comme des esclaves. De fait, restreindre la liberté d'un enfant ne veut pas dire le considérer comme un esclave. Les êtres démoniaques ont maintenant délaissé ces règles, et croient que la femme doit jouir d'autant de liberté que l'homme. Il est cependant facile de remarquer que leurs tentatives n'ont en rien amélioré l'état social à la surface du globe. Au vrai, la femme doit être protégée à toutes les étapes de sa vie: par son père durant son enfance, par son mari lors de sa jeunesse et de son âge mûr, et par ses fils devenus adultes pendant ses vieux jours. Telle est, selon la Manu-samhita, la juste conduite sociale. Mais l'éducation moderne a de toutes pièces imaginé le concept vaniteux du féminisme; par suite, le mariage n'est pratiquement plus, dans la société humaine, qu'une chimère. Et on ne peut dire non plus qu'aujourd'hui, la condition morale de la femme soit excellente. Les hommes démoniaques refusent donc toute instruction qui serait bénéfique pour la société; parce qu'ils ne profitent pas de l'expérience des grand sages, ni ne suivent les règles qu'ils ont prescrites, leur condition, dans la vie sociale, devient misérable à l'extrême.
VERSET 8
TRADUCTION Ils prétendent que ce monde est irréel et sans fondement, qu'aucun Dieu ne le dirige; qu'il résulte du désir sexuel et n'a d'autre cause que la concupiscence. TENEUR ET PORTEE Les hommes démoniaques parviennent à la conclusion que ce monde n'est que fantasme. Pour eux, il n'a pas de cause, pas d'effet, pas de maître, pas de but: tout y est irréel. Ils affirment que la manifestation cosmique procède de phénomènes "naturels" et de leurs interactions, l'ensemble étant régi par le hasard. Jamais ils n'envisagent que le monde ait été créé par Dieu, dans un certain dessein. Ils ont leur propre théorie: le monde est de lui-même venu à l'existence; nulle raison, donc, de croire qu'à sa source se trouve un Dieu. Il n'existe, pour eux, aucune différence entre la matière et le spirituel; comment, dès lors, accepteraient-ils l'Etre spirituel suprême? Tout n'est que matière, l'univers tout entier n'est qu'une masse brute d'ignorance. Ce qu'ils illustrent en disant: "L'homme crée, en rêve, mille formes illusoires, dont il se réveille, et qui n'ont eu d'autre existence que rêvée." Ils prétendent donc que "la vie est un songe"; mais ils n'en sont pas moins versés dans l'art de jouir de ce songe. Ainsi, au lieu d'acquérir le savoir, ils s'enferment de plus en plus dans leur monde de rêves. Et de même que l'enfant naît simplement du rapport sexuel, raisonnent-ils, ce monde a été créé sans aucune âme. Pour eux, seule une combinaison d'éléments matériels a produit les êtres vivants, et il ne saurait être question de l'existence d'une âme. De même que de nombreuses créatures procèdent, sans aucune cause, de la transpiration, ou de la putréfaction d'un corps, de même, tout ce qui vit est issu des éléments de l'univers matériel entre eux combinés. Ainsi, toujours selon eux, la nature matérielle constitue la cause unique de la manifestation matérielle. Ils n'accordent aucune foi aux paroles de Krsna lorsqu'il dit, dans la Bhagavad-gita: "L'univers matériel tout entier se meut sous Ma direction".En bref, ces hommes démoniaques sont dépourvus de la connaissance parfaite de la création du monde; chacun d'eux, naturellement, possède à ce sujet quelque théorie de son invention. A leurs yeux, toutes les interprétations des Ecritures se valent puisqu'ils ne croient pas en l'existence d'une norme pour la compréhension des règles données par les Ecritures.
VERSET 9
TRADUCTION Partant de telles conclusions, les démoniaques, égarés, dénués d'intelligence, se livrent à des oeuvres nuisibles, infames, qui visent à détruire le monde. TENEUR ET PORTEE Les hommes démoniaques se vouent à des actes qui mèneront le monde à sa destruction. Le Seigneur enseigne dans ce verset qu'ils possèdent une intelligence amoindrie. Les matérialistes, en effet, privés de toute conception de Dieu, s'imaginent avancer sur la voie du "progrès"; en fait, selon la Bhagavad-gita, ils ne sont que privés d'intelligence et de tout sens commun. Cherchant à jouir au maximum de ce monde, ils inventent à cette fin toujours quelque chose de nouveau pour satisfaire leurs sens. Bien que tenues pour un signe du progrès de la civilisation, leurs inventions n'ont pour effet réel qu'une montée rapide de la violence et de la cruauté, envers les animaux comme envers les hommes. Les êtres démoniaques ignorent totalement selon quelles règles il faut se comporter avec autrui; et l'abattage des animaux, chez eux, est fort notoire. On les considère comme les ennemis du monde, car ils finiront par inventer ou créer l'instrument qui causera la destruction de tous les êtres. Indirectement, ce verset prévoit les armes atomiques, dont le monde entier tire aujourd'hui un si grand orgueil. A tout moment la guerre peut éclater, ces armes engendrer le chaos. Le seul but de telles inventions est, comme l'indique notre verset, de détruire le monde. C'est à cause de l'impiété que de telles armes voient le jour au sein de la société humaine; quant à leur but, il ne poursuit en rien la paix et la prospérité du monde.
VERSET 10
TRADUCTION Les êtres démoniaques, qui se réfugient dans la vanité de soi, l'orgueil et l'insatiable concupiscence, deviennent la proie de l'illusion. Fascinés par l'éphémère, ils consacrent leur vie à des actes malsains. TENEUR ET PORTEE L'état d'esprit démoniaque se trouve décrit dans ce verset. La concupiscence des hommes qui en sont animés ne connaît aucun apaisement. Au contraire, ils continueront de multiplier sans fin leurs désirs insatiables de jouissance matérielle. Sous l'empire de l'illusion, ils ne se lassent pas d'accepter les choses éphémères, bien qu'ils n'en retirent qu'une constante angoisse. Privés de connaissance, ils n'ont pas même conscience de marcher dans la direction mauvaise. Ils acceptent l'éphémère, donc, et par là, édifient leur propre Dieu, composent leurs propres hymnes, qu'ils chantent à leur façon. Deux choses, en conséquence, les fascinent toujours plus: le plaisir sexuel et l'accumulation des richesses matérielles. Les mots asuci-vratah, "tâches, ou règles de vie malsaines", méritent qu'on s'y attarde. Car, ces hommes démoniaques n'éprouvent d'attrait que pour le vin, les femmes, le jeu et la consommation de chair animale; telles sont leurs habitudes malsaines (asucis). Poussés par l'orgueil et l'infatuation, ils fabriquent de toutes pièces des "principes religieux" que n'approuvent en rien les Ecrits védiques. Bien qu'ils soient tout à fait haïssables, la société les pare, artificiellement, d'une renommée trompeuse, et bien qu'ils glissent vers un enfer, il se considèrent eux-mêmes très avancés.
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