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Catégorie : La Bhagavad-Gita
Neuvième chapitre.

Le plus secret des savoirs.




 

VERSET 1

 

sri-bhagavan uvaca
idam tu te guhyatamam
pravaksyamy anasuyave
jnanam vijnana-sahitam
yaj jnatva moksyase ’subhat
 

 

 

TRADUCTION

Le Seigneur Suprême dit:
Parce que jamais tu ne Me jalouses, Mon cher Arjuna, Je vais te révéler la sagesse la plus secrète, par quoi tu seras affranchi des souffrances de l'existence matérielle.

 

TENEUR ET PORTEE

Plus le bhakta écoute les gloires du Seigneur, comme le conseille le Srimad-Bhagavatam, et plus sa vision spirituelle s'éclaire:

"Les récits concernant Dieu, la Personne Suprême, débordent de puissances, et ces puissances, on peut les saisir si l'on s'entretient de Ses gloires en la compagnie de bhaktas. Ni les penseurs à l'imagination fertile, ni les érudits de style académique n'y donnent accès, car il s'agit d'un savoir qui demande à être réalisé."

Le bhakta est toujours absorbé dans le service du Seigneur Suprême, Sri Krsna, et Celui-ci, conscient de l'attitude d'esprit, de la sincérité de Son dévot, de l'être qui a adopté la conscience de Krsna, lui donne l'intelligence par quoi il pourra, en la compagnie des autres bhaktas, comprendre la science de Dieu, la Personne Suprême. Le fait de s'entretenir de Krsna possède en soi un pouvoir si grand que ceux qui ont la fortune de participer à de tels échanges parmi les bhaktas, en s'efforçant d'en assimiler le contenu, sont assurés de progresser sur la voie de la réalisation spirituelle. Ainsi, dans ce neuvième chapitre, Krsna, pour encourager Arjuna à s'élever toujours davantage dans Son service tout-puissant, lui révèle une part de la connaissance plus secrète, plus "confidentielle" que jamais auparavant.

Le tout début de la Bhagavad-gita, le premier chapitre, correspond plus ou moins à une entrée en matière; les deuxième et troisième chapitres, qui dévoilent une part du savoir spirituel, sont dits "confidentiels", et les septième et huitième, qui traitent plus précisément du service de dévotion et approfondissent notre vision de la conscience de Krsna, plus "confidentiels" encore. Mais ce neuvième chapitre, qui décrit la dévotion pure, sans mélange, est appelé "le plus confidentiel", le plus secret. Et celui qui possède de Krsna ce savoir, le plus secret, se trouve situé, par là même, au niveau spirituel absolu; bien qu'encore dans l'univers matériel, il n'en connaît plus les souffrances. Le Bhakti-rasamrta-sindhu enseigne qu'un être animé du désir sincère de servir le Seigneur avec amour doit être vu comme libéré, même s'il reste encore conditionné par la matière. Et la Bhagavad-gita le confirme, comme nous le verrons au dixième chapitre, en affirmant que quiconque s'engage dans le service d'amour du Seigneur est un être libéré.

Nous avons parlé, dans le septième chapitre, de Dieu, la Personne Suprême, et de Sa puissance glorieuse, de Ses diverses énergies, des natures inférieure et supérieure, ainsi que de l'entière manifestation matérielle. Les neuvième et dixième chapitres, à présent, vont dépeindre les gloires du Seigneur.

Il faut accorder une importance particulière au premier verset de ce chapitre. Le savoir (idam jnanam) représente le pur service de dévotion, qui consiste en neuf activités: écouter ce qui a trait au Seigneur, Le glorifier, Le garder en mémoire, Le servir, L'adorer, Lui adresser des prières, Lui obéir, se lier d'amitié avec Lui et tout Lui abandonner. Ces neuf pratiques dévotionnelles nous élèvent jusqu'à la conscience spirituelle, la conscience de Krsna. Ce n'est qu'au moment où le coeur est purifié de toute souillure matérielle qu'il devient possible de saisir la science de Krsna. Il ne suffit pas de comprendre la non-matérialité de l'être (ce qui peut correspondre au début de la réalisation spirituelle), il faut encore savoir distinguer les activités du corps des activités spirituelles, celles-là même qui permettent de comprendre que nous sommes distincts de notre corps.

Arrêtons-nous, dans ce verset, sur le mot sanskrit anasuyave, "au non envieux". En général, les commentateurs de la Bhagavad-gita, même les plus "érudits", éprouvent de la jalousie envers Krsna, Dieu, la Personne Suprême, et commentent le texte de manière tout à fait erronée. Parce qu'ils sont envieux de Krsna, leurs observations se trouvent dépourvues de toute valeur. Seuls sont autorisés les commentaires donnés par les dévots du Seigneur. Car nul, s'il est envieux, ne peut expliquer la Bhagavad-gita ou transmettre parfaitement la connaissance de Krsna; et quiconque, d'autre part, critique Krsna sans même Le connaître ne peut être qu'un insensé. Il faut donc soigneusement éviter de lire de tels commentaires.

Quiconque reconnaît que Krsna est Dieu, la Personne Suprême, pur et absolu, pourra bénéficier pleinement de la lecture de ces chapitres.

 


VERSET 2

 

raja-vidya raja-guhyam
pavitram idam uttamam
pratyakshavagamam dharmyam
su-sukham kartum avyayam

 

 

TRADUCTION

Ce savoir est roi entre toutes les sciences; il est le secret d'entre les secrets, la connaissance la plus pure, et parce qu'il nous fait directement réaliser notre identité véritable, représente la perfection de la vie spirituelle. Il est impérissable, et d'application joyeuse.

 

TENEUR ET PORTEE

On dit du savoir contenu dans ce chapitre de la Bhagavad-gita qu'il est "roi entre toutes les sciences", l'essence même de toutes les doctrines et philosophies analysées précédemment. L'Inde nous a donné sept philosophes principaux: Gautama, Kanada, Kapila, Yajnavalkya, Sandilya, Vaisvanara et, finalement, Vyasadeva, l'auteur du Vedanta-sutra; ces maîtres n'ont laissé vide aucun secteur de la philosophie ou de la science spirituelle. Or, le Seigneur dit ici que de toutes ces connaissances, ce chapitre est le roi; qu'il constitue l'essence même de tout le savoir acquis par l'étude des Vedas et des diverses philosophies. Il est le plus secret, le plus "confidentiel", car le savoir spirituel, en lui-même secret, implique qu'on sache distinguer l'âme du corps; et ce savoir, lorsqu'il culmine dans le service de dévotion, devient le roi d'entre tous les savoirs.

Instruits exclusivement dans la connaissance matérielle (politique, sociologie, physique, chimie, mathématiques, astronomie, technologie, etc.), la plupart des hommes n'ont pas développé ce savoir "confidentiel". Parmi tant d'institutions d'enseignement, tant d'universités qui parsèment le monde, pas une seule, malheureusement, n'enseigne la science de l'âme. Pourtant, l'âme est l'élément le plus important dans le corps: sans sa présence, il perd toute valeur. Et malgré tout, l'homme persiste à placer l'accent sur les besoins du corps, sans aucun souci de l'âme qui l'anime.

La Bhagavad-gita, elle, souligne précisément, surtout à partir du second chapitre, l'importance primordiale de l'âme. Dès le début, le Seigneur y enseigne que le corps est périssable, mais non l'âme. Or, ce savoir, qui permet de distinguer l'âme du corps et d'en connaître la nature immuable, indestructible et éternelle, ce savoir donc, bien que déjà "confidentiel", ne donne encore sur l'âme aucune information positive. Certains sont parfois sous l'impression qu'à la dissolution du corps, ou au moment de la libération de ce corps, l'âme, distincte de ce corps, devient impersonnelle, pour se fondre dans un "vide". Hypothèse sans fondement: comment l'âme, si active dans le corps, pourrait-elle cesser d'agir une fois libérée du corps? L'âme est toujours active. Eternelle, elle est éternellement active, et la connaissance de ses activités éternelles, dans le monde spirituel, est ici décrite comme constituant la part la plus "confidentielle" du savoir spirituel, le roi du savoir.

Les Ecritures védiques définissent ce savoir comme l'acte dans sa forme la plus pure. Le Padma Purana, lorsqu'il analyse les actes coupables de l'homme, montre qu'ils sont la conséquence d'un enchaînement sans fin de péchés. Car, ceux qui agissent pour bénéficier des fruits de leurs actes se trouvent pris dans un tourbillon de conséquences très diverses, de formes et de degrés multiples. Par exemple, lorsqu'on plante une graine, l'arbre n'apparaît pas aussitôt, il ne pousse pas d'un seul coup; la maturation demande un certain temps. D'abord un germe apparaît, qui se transforme en arbuste, puis en arbre. Viennent ensuite les fleurs, et plus tard seulement, les fruits, que celui qui a planté la graine pourra goûter, quand l'arbre sera parvenu à son plein épanouissement. De même, les actes coupables accomplis par l'homme ne fructifient qu'après une certaine période de temps. On distinguera donc divers degrés de fructification. L'acte coupable peut, par exemple, avoir déjà pris fin chez l'individu tandis que ce dernier continue d'en goûter les fruits. Il est d'autres fautes qui attendent toujours à l'état de semence; ou bien encore d'autres qui ont déjà fructifié, et donnent maintenant leurs fruits, de souffrances et de douleur.

Celui qui a mis un terme définitif aux suites de ses activités pécheresses et qui se dédie pleinement à des actes vertueux, libres des dualités de ce monde, s'engage activement dans le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, Sri Krsna. Autrement dit, quiconque sert avec dévotion le Seigneur Suprême est déjà libéré de toutes les suites de ses actes; tous les effets de ses péchés, mûrs, latents ou encore à l'état de germe, disparaissent graduellement. Telle est la puissance purificatrice du service de dévotion, et pour cette raison, on le qualifie de pavitram uttamam, "le plus pur". Le mot uttama signifie "qui est au-delà de la matière"; tamas désigne ce monde de ténèbres, et uttama, ce qui transcende l'action matérielle. Aussi, les actes de dévotion, même si le bhakta semble parfois agir au même niveau que le profane, ne doivent jamais être considérés comme matériels; celui qui possède la claire vision et une connaissance substantielle du service de dévotion les sait purement spirituels et empreints d'amour, non souillés par les trois gunas.

La pratique du service de dévotion est dite si sublime qu'on en peut percevoir les effets de façon directe. D'autre part, l'expérience nous montre que quiconque chante ou récite les Saints Noms de Krsna:

hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rama rama hare hare

ressent, en temps opportun, une joie spirituelle incomparable, et se purifie très bientôt de toute souillure matérielle. Cela se réalise pratiquement. De plus, si non seulement on écoute les gloires du Seigneur et chante Ses Saints Noms, mais qu'on s'efforce également de propager l'action dévotionnelle, de contribuer aux activités missionnaires de la Conscience de Krsna, on se sentira graduellement progresser sur la voie spirituelle. Et ce progrès ne dépendra nullement de notre éducation, ni de nos qualifications antérieures; la voie dévotionnelle est si pure que par le simple fait d'y poser ses pas, on gagne d'être purifié.

Le Vedanta-sutra le confirme:
"Telle est la puissance du service de dévotion que quiconque s'y engage devient sans nul doute éclairé."

Ce qu'illustre l'exemple de Narada. D'humble naissance, fils d'une servante, il n'avait reçu aucune éducation. Mais, comme sa mère s'était mise au service de grands dévots du Seigneur, Narada, qui l'assistait, avait l'occasion, chaque fois qu'elle s'absentait, de la remplacer auprès d'eux. Le Srimad-Bhagavatam rapporte ses paroles:

"Une fois seulement, avec leur permission, je mangeai les reliefs de leur repas, et aussitôt, tous mes péchés furent effacés. Ainsi engagé à leur service, mon coeur se purifia, et leur nature de spiritualistes me fascina."

Dans ce verset, Narada raconte à son disciple Vyasadeva comment, au cours d'une vie passée, il servit, tout enfant, de purs dévots du Seigneur pendant les quatre mois de leur séjour au lieu où il habitait, et comment il eut avec eux un contact très intime. Parfois, les sages laissaient un peu de nourriture sur leurs plats, et le jeune garçon, qui devait nettoyer ces plats, désira goûter leurs restes. Il demanda donc un jour à ces grands bhaktas la permission de le faire, permission par eux accordée. Ces aliments sanctifiés délivrèrent Narada des suites de tous ses actes coupables, et, comme il mangeait, rendirent progressivement son coeur aussi pur que celui des sages. Ces grands bhaktas goûtaient l'extase de toujours servir le Seigneur avec amour, en écoutant Ses gloires, en les chantant.... et Narada, à leur contact, développa le même goût, le même désir d'écouter et de chanter les gloires du Seigneur. C'est ainsi, en la compagnie des grands sages, que grandit en lui le désir ardent d'adopter le service de dévotion. Narada cite donc ce verset du Vedanta-sutra, où il est dit que tout s'éclaire, que tout se révèle automatiquement à celui qui simplement s'engage dans les actes de dévotion. C'est ce qu'on appelle la perception directe, que traduit le mot prakasah.

Narada n'était que le fils d'une servante, il n'avait pas eu l'occasion de fréquenter l'école, et se contentait d'assister sa mère dans son travail. Par bonheur, cependant, sa mère se mit au service de grands bhaktas, et il eut ainsi l'occasion, tout enfant, de les servir lui aussi. Or, par ce simple contact, il atteignit le but ultime de toute religion: le service de dévotion. Le Srimad-Bhagavatam nous l'enseigne: les gens qui pratiquent la religion ignorent en général que la perfection de toute religion consiste à atteindre au service de dévotion. Bien que, pour comprendre le sentier de la réalisation spirituelle, il faille généralement développer la connaissance védique, Narada, lui, recueillit, sans avoir été instruit de leurs principes, les plus hauts bienfaits que confère l'étude des Vedas. La bhakti a un pouvoir tel qu'elle permet d'atteindre la plus haute perfection de la religion sans qu'on ait à en exécuter ponctuellement les rites. Comment cela est-il possible? Les Vedas nous l'expliquent: même s'il n'a reçu aucune éducation, ni étudié les Vedas, celui qui entre en contact avec de grands acaryas peut acquérir toute la connaissance nécessaire à la réalisation spirituelle.

Joyeuse est la pratique du service de dévotion. Pourquoi? Parce qu'il consiste principalement à écouter et à exalter les gloires du Seigneur. Ainsi, on peut simplement écouter le chant des gloires du Seigneur, ou assister à des discours philosophiques sur la connaissance spirituelle, donnés par de purs acaryas. Par le simple fait de s'asseoir et d'écouter, on peut apprendre. Et on peut également savourer les reliefs de la merveilleuse nourriture offerte au Seigneur. La méthode est donc joyeuse, à tous les niveaux, et accessible même au plus pauvre des hommes. Le Seigneur dit qu'il acceptera de Son dévot la plus mince offrande, qu'il s'agisse d'une feuille, d'une fleur, d'un morceau de fruit, d'un peu d'eau, choses que partout dans le monde on peut se procurer. Il accueillera l'offrande qu'on Lui présente. Le bhakti-yoga est donc une méthode de réalisation spirituelle qui s'accomplit dans la joie, et l'Histoire en offre maints exemples: celui, entre autres, de Sanatkumara, qui devint un grand dévot du Seigneur simplement pour avoir goûté les feuilles de tulasi offertes à Ses pieds pareils-au-lotus. Tel est le caractère merveilleux de cette voie.

Ce verset ajoute que, contrairement à ce que prétendent les philosophes mayavadis, le service de dévotion est éternel. Eux aussi pratiquent parfois ce qu'ils appellent le service de dévotion, mais seulement jusqu'à ce qu'ils aient atteint la libération; alors, ils le rejettent, car, disent-ils: "A présent, nous ne faisons plus qu'Un avec Dieu." Comment qualifier de pur service de dévotion une "dévotion", un "service", aussi éphémère, faisant office d'utilité? Le véritable service dévotionnel se poursuit même après la libération. Quand le bhakta atteint le monde spirituel, le royaume de Dieu, il continue de servir le Seigneur Suprême, sans jamais chercher à s'identifier à Lui.

En fait, nous le verrons, le vrai service de dévotion commence après la libération, lorsqu'on a atteint le niveau du brahman, le brahma-bhuta. Le bhakti-yoga permet à qui l'exécute de comprendre Dieu, la Personne Suprême. D'autre part, le Srimad-Bhigavatam confirme que c'est après s'être purifié par la pratique du service de dévotion (et particulièrement après avoir écouté des lèvres d'âmes réalisées le Srimad-Bhagavatam et la Bhagavad-gita), qu'on peut comprendre la science de Krsna, la science de Dieu. Quand le coeur se purifie de toute souillure, alors on peut comprendre ce qu'est Dieu. Aussi le service de dévotion, la conscience de Krsna, est-il roi parmi toutes les sciences, roi des savoirs secrets, ou "confidentiels"; il constitue la forme la plus pure de la vie spirituelle et s'accomplit joyeusement, sans peine: tous devraient l'adopter.


 

VERSET 3

 

asraddadhanah purusha
dharmasyasya parantapa
aprapya mam nivartante
mrityu-samsara-vartmani

 

 

TRADUCTION

Les hommes qui, sur la voie du service de dévotion, sont privés de foi, ô vainqueur des ennemis, ne peuvent M'atteindre; ils reviennent naître et mourir en ce monde.

 

TENEUR ET PORTEE

La signification de ce verset est qu'on ne peut adopter la pratique du service de dévotion sans avoir la foi. Et cette foi, c'est au contact des dévots du Seigneur qu'on l'acquiert. Mais il existe des êtres assez infortunés pour, même après avoir reçu des lèvres de sages l'enseignement des Ecritures védiques, ne développer aucune foi en Dieu. Ceux-là demeurent hésitants et incapables de se fixer dans le service de dévotion offert au Seigneur. Ainsi, la foi est un élément de première importance quant au progrès dans la conscience de Krsna. Le Caitanya-caritamrta enseigne qu'on doit être entièrement convaincu que, le seul service du Seigneur Suprême, Sri Krsna, nous permettra d'atteindre la toute-perfection. Telle est la véritable foi. Le Srimad-Bhagavatam explique à ce propos que s'engager dans le service absolu du Seigneur Suprême revient du même coup à satisfaire pleinement tous les devas et tous les autres êtres, de même qu'arroser la racine d'un arbre revient également à nourrir ses branches et ses feuilles, ou que satisfaire l'estomac satisfait toutes les parties du corps.

Après avoir lu la Bhagavad-gita, il faut rapidement en réaliser la conclusion, et abandonner toute autre activité pour adopter le service du Seigneur Suprême, Sri Krsna, la Personne Divine. Posséder la foi, c'est être convaincu de la vérité de cette philosophie. Quant à la conscience de Krsna, elle constitue le déploiement de cette foi.

Les bhaktas se classent en trois catégories: les derniers, les bhaktas de troisième ordre, sont ceux qui n'ont pas la foi. Ceux d'entre eux qui sont "officiellement" engagés dans le service de dévotion, mais poursuivent quelque objet extérieur, matériel, ceux-là ne peuvent atteindre la plus haute perfection. Ils sont pratiquement assurés de dévier de la voie, à un moment ou à un autre. Bien qu'ils servent effectivement le Seigneur, leur manque de foi et de conviction rend très difficile pour eux de demeurer dans la conscience de Krsna. Nous avons nous-mêmes l'expérience de ce fait, car dans nos activités missionnaires, nous rencontrons de telles personnes, qui, adoptant la conscience de Krsna pour des motifs inavoués, abandonnent la voie et retournent à leurs anciennes habitudes dès que s'améliore leur situation financière. Seule la foi, donc, permet de progresser dans la conscience de Krsna. Le bhakta de premier ordre, lui, est celui qui a développé une foi inébranlable et qui possède une vaste connaissance des textes enseignant le service de dévotion. Quant au bhakta de second ordre, sa compréhension des Ecritures n'est pas très profonde, mais il possède une foi ferme dans le fait que le service du Seigneur, la krsna-bhakti, constitue la meilleure de toutes les voies, et, d'emblée, l'adopte. Il est donc supérieur au bhakta de troisième ordre, qui n'a ni une connaissance parfaite des Ecritures, ni une foi très ferme, mais essaie, en toute simplicité, se laissant guider par les autres bhaktas, de suivre la voie. Celui-là, aux premiers échelons de la conscience de Krsna, risque de s'écarter du sentier, au contraire des bhaktas de deuxième et de premier ordre. Ceux de premier ordre, en particulier, sont assurés de progresser jusqu'au but final. Quant à notre bhakta de troisième ordre, même s'il a foi en la valeur du service de dévotion offert au Seigneur, il reste privé de toute connaissance de Krsna, telle que nous la livrent les Ecritures, comme le Srimad-Bhagavatam et la Bhagavad-gita. Il peut se sentir attiré vers le karma-yoga et le jnana-yoga, et parfois même se voir ébranlé, mais s'il parvient à se purifier de ces "infections", il s'élève au second, ou même au premier degré de la dévotion au Seigneur, dans la conscience de Krsna. Le Srimad-Bhagavatam décrit également trois degrés de foi en Krsna, et, dans le onzième Chant, trois niveaux d'attachement.

Celui qui, même après avoir entendu parler de Krsna et de l'excellence du service de dévotion, ne développe aucune foi, se contentant de croire qu'il s'agit là de simples panégyriques, pour celui-là, la voie dévotionnelle apparaît comme jonchée d'embûches, même si, superficiellement il va sans dire, il s'y est engagé. Il y a peu d'espoir qu'il atteigne la perfection. On voit par là l'importance primordiale de la foi dans l'accomplissement du service de dévotion.

 


VERSET 4

 

maya tatam idam sarvam
jagad avyakta-murtina
mat-sthani sarva-bhutani
na caham tesv avasthitah

 

 

 

TRADUCTION

Cet Univers est tout entier pénétré de Moi, dans Ma forme non manifestée. Tous les êtres sont en Moi, mais Je ne suis pas en eux.

 

TENEUR ET PORTEE

Les sens matériels, de par leur nature grossière, ne peuvent percevoir Dieu, la Personne Suprême, ni comprendre Son Nom, Ses Divertissements, Sa Renommée, etc. Le Seigneur ne Se révèle qu'à celui qui, sous la conduite d'un acarya, Le sert avec une dévotion pure. Dans la Brahma-samhita, il est dit que seul peut à chaque instant voir Dieu, la Personne Suprême, Govinda, à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur de lui-même, celui qui a développé pour Lui un sentiment d'amour absolu. Au commun des hommes, donc, Dieu demeure invisible, et malgré Son omniprésence, dit notre verset, reste inconcevable aux sens matériels. Mais même si nous ne pouvons Le voir, il n'en demeure pas moins vrai que tout repose en Lui. Nous avons vu, en effet, dans le septième chapitre, comment l'entière manifestation cosmique n'est que la combinaison de Ses deux énergies, supérieure (ou spirituelle) et inférieure (ou matérielle). L'énergie de Dieu s'étend à la création entière, de même que l'éclat du soleil illumine l'univers entier, et tout repose sur cette énergie.

Il n'en faudrait pas conclure, toutefois, qu'en Se diffusant ainsi dans la création entière, le Seigneur perd Son existence personnelle. Pour réfuter un tel argument, Krsna dit Lui-même qu'il est partout, que tout est en Lui, mais qu'il demeure cependant au-delà de tout. Prenons l'exemple schématique du souverain d'un Etat: le gouvernement qu'il dirige n'est en fait que la manifestation de sa puissance; ses divers ministres représentent ses différentes énergies, et chaque ministère repose sur son pouvoir. Mais on ne peut évidemment pas espérer voir le roi présent en personne dans chacun des départements de son administration. De même, tout ce que nous voyons, tout ce qui existe dans les mondes matériel et spirituel, repose sur l'énergie de Dieu, la Personne Suprême. La création s'opère par la diffusion de Ses diverses énergies, et, comme l'enseigne la Bhagavad-gita, Il est partout présent à travers cette diffusion même, qui représente donc Sa Personne.

 


VERSET 5

 

na ca mat-sthani bhutani
pasya me yogam aishvaram
bhuta-bhrn na ca bhuta-stho
mamatma bhuta-bhavanah

 

 

 

TRADUCTION

Dans le même temps, rien de ce qui est créé n'est en Moi. Vois Ma puissance surnaturelle! Je soutiens tous les êtres, Je suis partout présent, et pourtant, Je demeure la Source même de toute création.

 

TENEUR ET PORTEE

Lorsque le Seigneur dit que tout repose en Lui, il faut bien saisir le sens de Ses paroles. Il ne S'occupe pas directement de soutenir et de préserver les univers matériels. On connaît l'image d'Atlas, épuisé de fatigue, portant sur ses épaules l'immense globe terrestre. Le Seigneur, Lui, n'a rien d'un Atlas qui soutiendrait ainsi l'univers matériel. Il l'affirme Lui-même: bien que tout repose en Lui, Il demeure au-delà de Sa création. Les systèmes planétaires flottent dans l'espace, qui est Son énergie; mais Sa Personne même est différente de l'espace, située au-delà. C'est pourquoi Il déclare que si tout repose sur Son énergie inconcevable, Il existe, Lui, en tant que Dieu, la Personne Suprême, au-delà de tout. Telle est la grandeur inconcevable du Seigneur.

Le dictionnaire védique nous apprend:
"Le Seigneur Suprême, en déployant Sa puissance, S'adonne à des Divertissements inconcevablement merveilleux. Sa Personne recèle d'innombrables et puissantes énergies, et Sa volonté est en elle-même réalité concrète. C'est ainsi qu'on doit comprendre Dieu, la Personne Suprême."

Dans l'exécution de ses désirs, l'homme rencontre de si nombreux obstacles; il lui est parfois même impossible d'agir comme il le voudrait. Mais Krsna, par Sa seule volonté, peut tout accomplir, et avec une telle perfection qu'on ne saurait même imaginer les mécanismes de Ses Actes. Le Seigneur décrit Lui-même ce phénomène: bien qu'Il préserve et soutienne l'univers matériel entier, Il n'entre jamais en contact direct avec lui. Sa volonté suprême suffit à tout créer, soutenir, préserver et détruire. Comme Il est absolu, purement spirituel, il n'existe aucune différence entre Lui-même et Son Mental (contrairement à ce qui se passe pour l'être conditionné, différent du mental matériel qu'il possède maintenant). Mais un esprit profane ne pourra certes comprendre comment, bien que présent à la fois en toutes choses, le Seigneur possède une Forme personnelle, distincte de tout. Exister hors de toute manifestation matérielle quand tout repose en Lui, voilà comment s'affirment les pouvoirs surnaturels de Dieu, la Personne Suprême, ici décrits comme yogam aisvaram.


VERSET 6

 

yathakasa-sthito nityam
vayuh sarvatra-go mahan
tatha sarvani bhutani
mat-sthanity upadharaya

 

 

 

TRADUCTION

De même que dans l'espace éthéré se tient le vent puissant, soufflant partout, ainsi, sache-le, en Moi se tiennent tous les êtres.

 

TENEUR ET PORTEE

Il est pratiquement impossible, pour l'homme du commun, de concevoir comment l'énorme création matérielle repose en le Seigneur. Mais pour aider notre compréhension, Celui-ci nous donne un exemple. L'espace, sur quoi repose la création cosmique, est la plus gigantesque manifestation que nous puissions concevoir. C'est lui qui permet le mouvement des atomes aussi bien que des corps célestes les plus volumineux, comme le soleil et la lune. Le ciel même, qui n'a pas de mesure, est, comme le vent, ou l'air, compris dans l'espace; il ne peut dépasser ses limites.

De même, les merveilleuses manifestations cosmiques existent par la volonté suprême du Seigneur, et toutes sont subordonnées à cette volonté suprême. Pas un brin d'herbe ne bouge sans la volonté de Dieu, dit-on communément. Ainsi, par Sa seule volonté, tout se meut, tout est créé, soutenu et détruit. Pourtant, Il est au-delà de toute Sa création, Il en reste indépendant, comme l'espace demeure indépendant des mouvements de l'atmosphère. Il est dit, dans les Upanisads:

"C'est par crainte du Seigneur Suprême que le vent souffle."

La Garga Upanisad, en particulier, ajoute:

"La lune, le soleil et les autres planètes se meuvent sous la direction suprême de Dieu, en réponse à Son ordre."

Ce que confirme la Brahma-samhita, où l'on trouve également décrit le mouvement du soleil: le soleil, considéré comme l'œil du Seigneur, a le pouvoir de diffuser chaleur et lumière à une échelle grandiose, mais pourtant, c'est sur l'ordre de Govinda, selon Sa volonté suprême, qu'il parcourt son chemin. Ainsi, les Ecrits védiques corroborent la domination absolue de Dieu, la Personne Suprême, sur la création matérielle, si grande et merveilleuse à nos yeux. C'est ce que développeront les versets qui suivent.

 


VERSET 7

 

sarva-bhutani kaunteya
prakritim yanti mamikam
kalpa-ksaye punas tani
kalpadau visrjamy aham

 

 

 

TRADUCTION

A la fin d'un âge, ô fils de Kunti, toutes créations matérielles rentrent en Moi, et au début de l'âge suivant, par Ma puissance, Je crée à nouveau.

 

TENEUR ET PORTEE

Création, soutien et destruction de l'univers matériel dépendent entièrement de la volonté suprême de Dieu. L'expression "à la fin d'un âge", dans notre verset, signifie à la mort de Brahma La durée de la vie de Brahma est de cent ans, cent années dont chaque jour équivaut à 4 320 000 000 de nos années terrestres, et autant chaque nuit. Ses mois comptent trente de ces jours et de ces nuits, ses années douze de tels mois. Et après cent de ces années, à la mort de Brahma donc, survient la dévastation, ou destruction de l'univers matériel, ce qui signifie que l'énergie déployée par le Seigneur Suprême au moment de la création se résorbe en Lui. Lorsqu'ensuite, il devient nécessaire de manifester à nouveau la création matérielle, seule intervient la volonté du Seigneur. "Je suis Un, mais Je Me ferai multiple", tel est l'aphorisme védique. Dieu, donc, Se multiplie à travers l'énergie matérielle, et provoque à nouveau la manifestation cosmique.


 

VERSET 8

 

prakritim svam avastabhya
visrijami punah punah
bhuta-gramam imam krtsnam
avasam prakriter vasat

 

 

TRADUCTION

L'Univers matériel tout entier est sous Mon ordre. Par Ma volonté, il est à chaque fois de nouveau manifesté, et c'est toujours par elle qu'à la fin il est anéanti.

 

TENEUR ET PORTEE

La matière, nous l'avons expliqué à maintes reprises, n'est autre que la manifestation de l'énergie inférieure de Dieu, la Personne Suprême. Au moment de la création, l'énergie matérielle est "mise en liberté" en tant que le mahat-tattva, où entre le Seigneur sous la forme de Maha-Visnu, le premier purusa-avatara. Il S'allonge sur l'Océan Causal, et à chacune de Ses expirations émanent de Son Corps une infinité d'univers. Le Seigneur entre alors en chacun d'eux sous la forme de Garbhodakasayi Visnu. Ainsi sont créés tous les univers. Et là, Il entre en chaque être et en chaque chose, y compris l'atome infime, sous la forme de Ksirodakagayi Visnu. C'est ce qu'explique notre verset.

Les êtres vivants, pour leur part, sont projetés dans le sein de la nature matérielle, et y développent, dans diverses conditions, différents corps, qui sont les fruits de leurs actes passés. Alors commence de s'animer l'univers alors commencent les activités des multiples variétés d'êtres, et ceci dès le tout début de la création. Il n'est pas question d'évolution progressive des espèces. Toutes les espèces vivantes -hommes, animaux, oiseaux, etc. sont créées ensemble, en même temps que l'univers, car, autant de désirs habitaient les êtres conditionnés lors de la destruction antérieure, autant se manifestent aussitôt sous différentes formes de corps. De plus, ce verset montre de façon claire que les êtres n'interviennent en rien dans ces mécanismes. Simplement, leur état de conscience à la fin de leur vie précédente, dans la dernière création, se manifeste à nouveau, et tout s'opère par la seule volonté du Seigneur. Telle est la puissance inconcevable de Dieu, la Personne Suprême. Enfin, après les avoir créées, le Seigneur n'a aucun contact avec les multiples espèces vivantes: Il crée pour satisfaire les inclinations propres aux divers êtres, mais jamais Il n'est Lui-même pris dans l'engrenage, de Sa création.


VERSET 9

 

na ca mam tani karmani
nibadhnanti dhananjaya
udasina-vad asinam
asaktam tesu karmasu

 


 

TRADUCTION

Mais ces actes ne sauraient Me lier, ô Dhananjaya. A jamais détaché d'eux, J'y demeure comme neutre.

 

TENEUR ET PORTEE

Gardons-nous de penser, en lisant ce verset, que Dieu, la Personne Suprême, reste inactif. Au contraire, Il est, dans Son royaume spirituel, toujours agissant. Ce que confirme la Brahma-samhita:

"Il est toujours absorbé dans Ses Divertissements spirituels, éternels et béatifiques; Il n'intervient jamais dans les processus de l'univers matériel."

Ce sont Ses diverses puissances qui prennent l'univers matériel en charge; Lui-même demeure toujours neutre pour ce qui concerne les activités du monde créé. C'est ce qu'explique le présent verset. Bien qu'Il. contrôle le moindre détail des processus de la matière, Il reste comme neutre, à la manière d'un juge de la Cour suprême sur sa chaire. Par ordre du juge, un homme est pendu, un autre jeté en prison, un autre pourvu de considérables réparations, mais lui demeure neutre; il n'est pas affecté par ces heurs et malheurs. De même, le Seigneur, bien qu'Il ait la haute main sur tous les mouvements de l'univers, demeure toujours neutre, non engagé. Il transcende les dualités de l'univers matériel, qui ne L'affectent jamais, nous dit le Vedanta-sutra. Et ni la création, ni la destruction de l'univers matériel ne Le lient. En outre, Il n'intervient pas lorsque l'être conditionné doit naître en différents corps, différentes espèces, en fonction de ses actes passés.

 


VERSET 10

 

mayadhyaksena prakritih
suyate sa-caracaram
hetunanena kaunteya
jagad viparivartate

 

 

 

TRADUCTION

La nature matérielle agit sous Ma direction, ô fils de Kunti, sous Ma direction, elle engendre tous les êtres, mobiles et immobiles. Par Mon ordre encore, elle est créée puis anéantie, dans un cycle sans fin.

 

TENEUR ET PORTEE

Ce verset ne laisse subsister aucun doute: indépendant des activités de ce monde, le Seigneur n'en demeure pas moins le régisseur absolu. Il est la volonté suprême, l'arrière-plan de la manifestation matérielle, dont la direction proprement dite s'opère par la force de l'énergie matérielle.

Krsna déclare encore, dans la Bhagavad-gita, être le père de tous les êtres, quelles que soient leur forme ou leur espèce. Comme le père dépose dans le ventre de la mère la semence d'où naîtra l'enfant, le Seigneur Suprême, de Son seul regard, injecte les êtres conditionnés dans le sein de la nature matérielle, d'où ils apparaissent sous diverses formes, en différentes espèces, selon leurs actes et leurs désirs passés. Bien qu'ils soient nés du regard du Seigneur, ce sont leurs propres actes et leurs propres désirs passés qui déterminent les corps qu'ils revêtent. Le Seigneur ne S'associe donc jamais directement à la création matérielle. Il lance un simple regard sur la nature matérielle, regard qui suffit à la mettre en mouvement et à tout y faire apparaître aussitôt. Il exerce donc, par ce regard, un rôle actif, cela ne fait aucun doute, mais ce rôle est indirect, il ne L'engage pas directement dans la création de l'univers matériel. La smrti explique ce phénomène par l'exemple suivant: lorsqu'on se trouve à proximité d'une fleur, l'odorat entre en contact avec son parfum, mais l'odorat et la fleur n'en demeurent pas moins détachés l'un de l'autre. Un rapport semblable existe entre Dieu, la Personne Suprême, et l'univers matériel: Il crée l'univers de Son regard et l'ordonne, mais n'est jamais en contact direct avec lui. Bref, la nature matérielle ne peut rien accomplir sans la sanction du Seigneur Suprême; et pourtant, Celui-ci est tout entier détaché des activités matérielles.


 

VERSET 11

 

avajananti mam mudha
manusim tanum asritam
param bhavam ajananto
mama bhuta-maheshvaram

 

 

TRADUCTION

Les sots Me dénigrent lorsque sous la forme humaine Je descends en ce monde. Ils ne savent rien de Ma nature spirituelle et absolue, ni de Ma suprématie totale.

 

TENEUR ET PORTEE

Les explications données dans les versets précédents ont clairement montré que Krsna, le Seigneur Suprême, Dieu, même s'Il apparaît comme un homme, n'est pas un être ordinaire. La Personne Divine, qui régit la création, le soutien et la destruction de l'entière manifestation matérielle, ne peut évidemment pas être comparée à l'un de nous. Pourtant, nombreux sont les insensés qui considèrent Krsna comme un puissant personnage et rien d'autre. A la vérité, Krsna est Dieu, la Personne Suprême et Originelle, le Seigneur Suprême, comme le confirme la Brahma-samhita.

Il existe une multitude d'avataras, c'est-à-dire d'entités vivantes exerçant, dans certains domaines, un certain pouvoir, et jouissant chacune d'une importance plus ou moins grande. Dans toute administration gouvernementale, en ce monde, on trouvera des fonctionnaires, des secrétaires d'Etat, des ministres, puis un président. Chacun dirige des subordonnés, mais obéit également à des supérieurs. Dans l'univers matériel comme dans le monde spirituel, se trouvent plusieurs "maîtres", mais au sommet, enseigne la Brahma-samhita, est Krsna, le maître absolu.

Son Corps est non matériel, éternel, tout de connaissance et de félicité (sac-cid-ananda), nous dit encore la Brahma-samhita. Aucun corps matériel n'est capable des actes merveilleux décrits dans les versets qui précèdent. Des insensés persistent pourtant à dénigrer le Seigneur en Le considérant comme un être humain. A bien des égards, Il en joue le rôle (d'où, ici, le qualificatif de minusim), comme ami d'Arjuna, ou comme homme politique allié des Pandavas dans la Bataille de Kuruksetra, mais Il n'en est certes pas un. Son Corps est en réalité sac-cid-ananda-vigraha, tout de connaissance et de félicité éternelles et absolues. Les Textes védiques le répètent:

"Je rends mon hommage à Krsna, Dieu, la Personne Suprême, qui est la Forme éternelle de connaissance et de félicité."

Puis:

"Tu es Govinda, joie des vaches et des sens de tous les êtres."

Et encore:

"Ta Forme est spirituelle et absolue, toute d'éternité, de connaissance et de félicité."

Et pourtant, malgré ces qualités du Corps de Krsna, toutes spirituelles, malgré Sa connaissance et Sa félicité totales, de soi-disant érudits et exégètes de la Bhagavad-gita dénigrent encore le Seigneur, qu'ils mettent au rang des hommes. Même s'il a pu, grâce à de bonnes actions antérieures, naître avec une vaste intelligence, le plus savant des érudits, s'il se forge une telle conception du Seigneur, fait preuve d'un pauvre fonds de connaissance, et se mérite ainsi le nom de mudha. Car, seul un sot, ignorant tout de Ses Activités intimes et de Ses diverses énergies, peut prendre Krsna pour un homme ordinaire. Seul un insensé ne connaissant pas Ses Attributs spirituels et absolus, incapable de voir dans Son Corps l'incarnation même de la connaissance et du bonheur parfaits, ignorant que tout Lui appartient et qu'il peut accorder la libération à tous les êtres, peut Le dénigrer de la sorte.

Ils ne comprennent pas non plus que lorsque Dieu, la Personne Suprême, apparaît en ce monde, c'est par Sa puissance interne. A plusieurs reprises, déjà, nous avons expliqué qu'il est maître de l'énergie matérielle. Lui-même déclare que cette énergie, en vérité si puissante, est sous Son contrôle, ajoutant que quiconque s'abandonne à Lui s'affranchit par là même de ce joug. Or, si en s'abandonnant à Krsna, une âme conditionnée peut échapper à l'emprise de l'énergie matérielle, comment peut-on croire que Celui-ci, maître de la création, du soutien et de la destruction de l'univers matériel, possède un corps de matière semblable au nôtre? Pure ineptie! Mais les sots ne peuvent concevoir que Krsna, Dieu, l'Etre Suprême, apparaisse comme un homme ordinaire et soit en même temps maître de l'atome aussi bien que de la gigantesque manifestation de la forme universelle. L'infini comme l'infinitésimal dépassent leur entendement, et ils ne peuvent imaginer qu'un être à l'apparence d'homme puisse contrôler l'un et l'autre, simultanément. Or, non seulement Il les domine, mais en outre, Il vit dégagé de leurs manifestations. Il est clairement établi que par Son inconcevable puissance spirituelle (yogam aisvaram), Il peut diriger de façon simultanée le fini et l'infini, tout en demeurant au-delà des deux. Mais les insensés. Ne peuvent concevoir que Krsna, apparaissant comme un être humain, possède de tels pouvoirs, les purs bhaktas, pour leur part, les Lui reconnaissent pleinement, car ils savent que Krsna est Dieu, la Personne Suprême, et s'abandonnent entièrement à Lui, Le servant avec amour et dévotion dans la conscience de Krsna.

L'apparition du Seigneur sous des dehors d'être humain a fait l'objet de nombreuses controverses entre personnalistes et impersonnalistes. Mais nous pouvons comprendre, à la lumière des textes autorisés nous révélant la science de Dieu, à savoir la Bhagavad-gita et le Srimad-Bhagavatam, que Krsna est Dieu, la Personne Suprême. Il n'est pas un simple mortel, bien que sur Terre, Il en ait joué le rôle. Un passage du Srimad-Bhagavatam (au premier chapitre du premier Chant), où l'on trouve rapportées les questions de grands sages sur les Actes de Krsna, dit que Son avènement en tant qu'homme déroute les sots. Car, nul homme n'aurait pu agir de façon aussi extraordinaire que Lui durant Son séjour sur Terre. Ainsi, lors de Son apparition devant Son père et Sa mère, Vasudeva et Devaki, Il avait quatre bras; et après en avoir été prié par Ses parents, Il prit la forme d'un enfant ordinaire. Cette apparence d'être ordinaire est l'un des aspects de Son Corps absolu. Nous trouvons également, cette fois dans le onzième chapitre de la Bhagavad-gita, un passage où Arjuna prie Krsna de lui montrer à nouveau Sa Forme à quatre bras; Krsna répond à sa prière, puis lui montre Sa Forme originelle. Tous ces traits merveilleux appartiennent au Seigneur, ils ne sauraient être le fait d'hommes ordinaires.

Parmi ceux qui dénigrent Krsna, certains, contaminés par la philosophie mayavadi, s'appuient sur le verset suivant pour prouver que Krsna n'est qu'un homme ordinaire:

"Le Suprême est présent en chaque être."

Mais plutôt que de suivre la glose de commentateurs non autorisés, qui dénigrent Krsna, voyons quelle explication en donne un acarya vaisnava tel que Jiva Gosvami. Celui-ci nous éclaire en disant que Krsna vit, sous la forme du Paramatma, Son émanation plénière, en tout être, mobile ou immobile. Aussi, ajoute Jiva Gosvami, la dévotion du néophyte qui, d'un côté, adore l'arca-murti, la Forme du Seigneur dans le temple, et de l'autre, manque de respect aux autres entités vivantes, est-elle tout à fait vaine. Les dévots du Seigneur se divisent en trois catégories, et le néophyte se trouve naturellement au niveau le plus bas. Il accorde plus d'attention à la murti dans le temple qu'aux autres bhaktas, et Jiva Gosvami nous prévient qu'une mentalité de ce genre doit être corrigée. Le bhakta doit savoir reconnaître la présence de Krsna dans le coeur de chacun, en tant que le Paramatma, voir en chaque corps le temple du Seigneur Suprême, et donc offrir à tous les corps, demeures du Paramatma, le même respect qu'au temple du Seigneur. Ainsi, chaque être doit être respecté, nul ne doit être négligé.

Beaucoup d'impersonnalistes dénigrent également l'adoration du Seigneur dans le temple. "Si Dieu est partout, disent-ils, pourquoi se limiter à l'adoration dans le temple?" Mais, disons-nous, si Dieu est partout, pourquoi ne serait-Il pas dans le temple, dans la murti.

Personnalistes et impersonnalistes s'opposeront indéfiniment, mais le parfait bhakta, purement conscient de Krsna, sait bien, lui, que Krsna est à la fois unique, en tant que Personne Suprême, et omniprésent, comme le confirme la Brahma-samhita. Bien qu'il réside éternellement en Sa demeure, Goloka Vrndavana, Il est également présent, à travers Ses diverses énergies et Son émanation plénière, dans toutes les parties des mondes matériel et spirituel.

 


VERSET 12

 

moghasa mogha-karmano
mogha-jnana vicetasah
rakshasim asurim caiva
prakritim mohinim sritah

 

 

 

TRADUCTION

Ainsi égarés, ils chérissent des vues démoniaques et athées. Vains sont leurs espoirs de libération, vains leurs actes intéressés, vaine leur aspiration au savoir.

 

TENEUR ET PORTEE

Il existe beaucoup de prétendus bhaktas qui croient être conscients de Krsna, de Dieu, la Personne Suprême, et qui s'imaginent Le servir, quand ils ne l'acceptent pas du fond du coeur comme la Vérité Absolue. Jamais ceux là ne goûteront le fruit du service de dévotion, qui est le retour à Dieu. Et quant à ceux qui s'adonnent à des actes de vertu, mais intéressés, et qui espèrent par là s'affranchir un jour des chaînes de la matière, eux non plus ne connaissent jamais le succès, parce qu'ils dénigrent Dieu, la Personne Suprême, Sri Krsna. En fait, seul un athée ou un être démoniaque peut railler Krsna, et comme l'expliquait le septième chapitre, jamais de tels mécréants ne s'abandonnent à Lui.

Les spéculations intellectuelles qu'ils développent pour atteindre la Vérité Absolue les conduisent à la fausse conclusion que rien ne distingue Krsna du commun des mortels. Ainsi égarés, ils s'imaginent qu'aussitôt libérés de l'énergie matérielle dont ils sont maintenant recouverts, sous la forme du corps, plus rien ne les distinguera de Dieu. Pure illusion évidemment de croire qu'on peut ainsi parvenir à ne plus faire qu'Un avec Krsna. Comme l'indique le présent verset, la recherche, par de tels mécréants, du savoir spirituel, se révèle toujours vaine et futile. Et leur étude, à cette fin, des Ecrits védiques, tels le Vedanta-sutra et les upanisads, se résume par un échec.

Donc, prendre Krsna, la Personne Suprême, Dieu, pour un homme ordinaire, constitue une offense grave, et celui qui commet cette erreur doit être sous l'empire de l'illusion, car il ne comprend pas la Forme éternelle du Seigneur. Le Brhad-vaisnava mantra établit clairement que quiconque prend le Corps. de Krsna pour matériel devrait être expulsé de tout rituel, de tout acte relevant de la sruti; et quiconque, par accident, voit le visage d'un tel offenseur devrait aussitôt se baigner dans le Gange pour se purifier de cette souillure. Railler Krsna, c'est faire preuve de jalousie envers Dieu, la Personne Suprême, et la conséquence d'un tel acte est la renaissance sans fin parmi les espèces démoniaques et athées. Le pur savoir inhérent à chaque être demeure perpétuellement voilé par l'illusion pour de tels mécréants, qui ne pourront que graduellement régresser jusqu'aux réduits les plus obscurs de la création.

 


VERSET 13

 

mahatmanas tu mam partha
daivim prakritim asritah
bhajanty ananya-manaso
jnatva bhutadim avyayam

 

 

TRADUCTION

Mais ceux qui ignorent l'égarement,ô fils de Prtha, les mahatmas, se trouvent sous la protection de la nature divine. Me sachant Dieu, la Personne Suprême, originel et intarissable, ils s'absorbent dans le service de dévotion.

 

TENEUR ET PORTEE

Ce verset donne une description claire du mahatma. Le mahatma se définit d'abord par le fait qu'il vit déjà sous l'égide de la nature divine; la nature matérielle ne le domine pas. Comment cela est-il possible? On l'a vu au septième chapitre: s'abandonner, se vouer corps et âme à Sri Krsna, Dieu, la Personne Suprême, telle est la condition, la formule de base, pour s'affranchir d'un coup du joug de la nature matérielle. Ensuite, une fois libéré de ce joug, l'être distinct, parce qu'il constitue l'énergie marginale du Seigneur, se trouve désormais placé sous la direction de la nature spirituelle, qu'on appelle également daivi prakrti, ou nature divine. Celui, donc, qui s'élève ainsi, en s'abandonnant à Dieu, la Personne Suprême, atteint le stade de mahatma, de "grande âme".

Rien ne distrait l'attention du mahatma, rien ne l'attire hors de Krsna, car, avec une certitude absolue, il Le connaît comme la Personne Suprême et Originelle, cause de toutes les causes, sans nul doute possible. Un mahatma se forme au contact d'autres mahatmas, purs dévots de Krsna, qui ne sont pas même attirés par les autres Formes du Seigneur, comme, par exemple, celle de Maha-Visnu, avec Ses quatre bras, et bien moins encore, il va sans dire, par les formes des devas ou des hommes. Ils sont captivés uniquement par la Forme à deux bras de Krsna. Ils ne méditent que sur Krsna, qu'ils servent avec une constance sans défaut, dans la conscience de Krsna.

 


VERSET 14

 

satatam kirtayanto mam
yatantas ca drdha-vratah
namasyantas ca mam bhaktya
nitya-yukta upasate

 

 

 

TRADUCTION

Chantant toujours Mes gloires, se prosternant devant Moi, grandement déterminés dans leur effort spirituel, ces âmes magnanimes M'adorent éternellement avec amour et dévotion.

 

TENEUR ET PORTEE

Il ne suffit pas, pour faire un mahatma, d'apposer une étiquette sur un homme ordinaire. Le mahatma doit répondre à la description qu'en donne ce verset, c'est-à-dire n'avoir d'autre souci que de constamment chanter les gloires du Seigneur Suprême, Sri Krsna. Par là, le mahatma se distingue des impersonnalistes, car louer Dieu n'est pas autre chose qu'exalter Son Saint Nom, Sa Forme éternelle, Ses Attributs absolus et Ses Divertissements extraordinaires. Il faut glorifier le Seigneur sous tous ces aspects de Sa Personne; le mahatma est donc l'âme qui s'attache à la Personne Divine et Suprême. En aucun cas la Bhagavad-gita décrit-elle ceux que séduit l'aspect impersonnel du Seigneur, le brahmajyoti, comme des mahatmas; leurs caractéristiques sont différentes, comme nous le verrons dans le prochain verset. Le mahatma s'engage constamment en diverses activités dévotionnelles, que décrit le Srimad-Bhagavatam, c'est-à-dire écouter et chanter les gloires de Visnu (et non celles de quelque deva ou être humain), ainsi que Le garder toujours présent à sa mémoire. Telle est la vraie dévotion. Le mahatma est fermement déterminé à atteindre le but ultime, à connaître la compagnie du Seigneur Suprême dans l'un des cinq rasas spirituels et absolus. Dans ce but, il voue la totalité de lui-même -son mental, son corps et ses paroles, tout au service du Seigneur Suprême, Sri Krsna. Telle est la pleine conscience de Krsna.

Le service de dévotion comporte, parmi d'autres, certaines activités prescrites; ainsi, jeûner certains jours, comme le onzième jour après la nouvelle et la pleine lune (ekadasi), ou le jour commémorant l'avènement de Krsna sur Terre... Les grands acaryas proposent de suivre ces règles à quiconque désire sérieusement être admis auprès du Seigneur Suprême, dans le monde spirituel. Les mahatmas les observent strictement, ce qui leur assure d'atteindre le but désiré.

Comme l'expliquait le second verset de ce chapitre, la pratique du service de dévotion est non seulement facile, mais aussi très joyeuse; nul besoin d'ascèses ou d'austérités sévères. Qu'on soit grhastha, sannyasi ou brahmacari, en quelque endroit du monde qu'on vive, on peut, sous la direction d'un maître spirituel qualifié, modeler sa vie sur le service de dévotion offert au Seigneur Suprême, et ainsi devenir un mahatma, une "grande âme".

 


VERSET 15

 

jnana-yajnena capy anye
yajanto mam upasate
ekatvena prithaktvena
bahudha vishvato-mukham

 

 

 

TRADUCTION

D'autres, qui cultivent le savoir, M'adorent soit comme l'Existence unique, soit dans la diversité des êtres et des choses, soit dans Ma forme universelle.

 

TENEUR ET PORTEE

Ce verset sert de complément à ceux qui le précèdent. Les mahatmas, Krsna vient de l'expliquer à Arjuna, sont ceux qui, purement conscients de Krsna, ne vivent que pour Lui. Cependant, il existe des êtres qui, sans atteindre le statut de mahatma, adorent eux aussi Krsna, de façons différentes. Certains d'entre eux ont déjà été décrits: celui qui souffre, l'indigent, le curieux, l'homme qui cultive le savoir. Mais, à un niveau moins élevé encore, on distingue trois nouveaux groupes:

1) ceux qui, s'identifiant au Seigneur Suprême, rendent un culte à leur propre personne;
2) ceux qui adorent une forme de Dieu née de leur propre imagination;
3) ceux qui vouent leur culte à la visva-rupa, la forme universelle du Seigneur Suprême.

De ces trois catégories, la moins élevée, la plus abondante aussi, rassemble ceux qui, sous le titre de "monistes", se prennent pour Dieu et, dans cet esprit, rendent un culte à leur propre personne. Ce culte de soi-même, généralement adopté par les impersonnalistes, compte néanmoins comme une manière d'adorer Dieu, car, au moins, ceux qui l'adoptent ont conscience d'être une âme spirituelle et non un corps de matière; ils ont au moins ce sentiment. La seconde catégorie comprend les fidèles des devas, ou ceux qui, par pure imagination, considèrent toute forme comme étant celle du Seigneur. Et la troisième catégorie se compose des hommes qui, incapables de rien concevoir au-delà de notre univers, qui est aussi une forme du Seigneur, le regardent comme l'organisme, l'Etre Suprême, et lui rendent un culte.


VERSET 16

 

aham kratur aham yajnah
svadhaham aham ausadham
mantro ’ham aham evajyam
aham agnir aham hutam

 

TRADUCTION

Mais c'est Moi qui suis le rite et le sacrifice, l'oblation aux ancêtres, l'herbe médicinale et le mantra. Je suis et le beurre, et le feu, et l'Offrande.

 

TENEUR ET PORTEE

Le sacrifice appelé jyotistoma et celui du nom de maha-yajna représentent tous deux Krsna. Le sacrifice offert aux ancêtres, aux habitants de Pitrloka, en vue de leur plaire, et qui consiste en une oblation de beurre clarifié, reconnue alors comme une panacée, représente aussi Krsna. Les mantras récités lors de tels sacrifices, et plusieurs préparations faites à partir de produits laitiers pour y être offertes, représentent aussi Krsna. Le feu même du sacrifice représente Krsna, puisqu'il constitue l'un des cinq éléments matériels composant Son énergie externe, dite "séparée", ou distincte. Bref, sous tous leurs aspects, les sacrifices recommandés dans la partie karma-kanda des Vedas représentent Krsna. Or, quiconque s'est voué avec dévotion au service de Krsna doit être considéré comme ayant accompli tous les sacrifices recommandés dans les Vedas.


 

VERSET 17

 

pitaham asya jagato
mata dhata pitamahah
vedyam pavitram omkara
rk sama yajur eva ca

 

 

TRADUCTION

De cet Univers, Je suis le Père, la Mère, le Soutien et l'Aïeul. Je suis l'Objet du savoir, le Purificateur et la syllabe Om. Je suis également le Rk, le Sama et le Yajus.

 

TENEUR ET PORTEE

Toutes les manifestations de l'univers, mobiles et immobiles, proviennent de différents agencements de l'énergie de Krsna. Sous l'influence de l'énergie matérielle, la prakrti, nous créons divers liens avec les autres êtres, que nous considérons comme nos père, mère, grand-père, grand-mère, "créateurs".... alors qu'en fait, ils ne sont rien d'autre que l'énergie marginale de Krsna, Ses parties intégrantes. Cela est vrai non seulement de notre père, de notre mère, mais également de leurs propres "créateurs" (que désigne, dans ce verset, le mot dhata), c'est-à-dire notre grand-père, notre grand-mère, etc. Et en tant que tels, tous ces êtres représentent Krsna. En fait, parce qu'ils font, partie intégrante de Krsna, on peut dire de tous les êtres qu'ils représentent Krsna.

C'est, par suite, vers Krsna seul que convergent tous les Vedas. Et quelque connaissance que nous souhaitions y puiser est donc, en fait, un pas de plus dans la compréhension de Krsna. Mais la connaissance purificatrice qui nous aide à retrouver notre position véritable représente tout particulièrement Krsna. Quant à celui qui désire comprendre tous les principes védiques, lui aussi fait partie intégrante de Krsna, et ainsi, Le représente. Enfin, parce que dans tous les mantras védiques, dans tous les hymnes que contiennent les quatre Vedas (le Sama, le Yajus, le Rk et l'Atharva), la vibration sonore spirituelle om, aussi appelée le pranava, ou l'omkara, occupe une position dominante, elle représente également Krsna.


 

VERSET 18

 

gatir bharta prabhuh saksi
nivasah saranam suhrt
prabhavah pralayah sthanam
nidhanam bijam avyayam

 

 

TRADUCTION

Je suis le But, le Soutien, le Maître, le Témoin, la Demeure, le Refuge et l'Ami le plus cher. Je suis la création et l'annihilation, la Base de toutes choses, le Lieu de repos et l'éternelle Semence.

 

TENEUR ET PORTEE

Gati désigne la destination qu'on s'est fixé. Or, bien que les gens l'ignorent, le but ultime, c'est Krsna, et celui qui ne connaît pas Krsna s'égare, n'accomplit que de pseudo-progrès, partiels, ou même illusoires, "hallucinatoires". Beaucoup se donnent pour but de rejoindre différents devas, et, en appliquant de façon rigide les diverses méthodes prescrites pour se gagner leurs faveurs respectives, parviennent sur les planètes désirées, Candraloka, Suryaloka, Indraloka, Maharloka... Or, toutes ces planètes, ou lokas,, parce qu'elles sont des créations de Krsna, représentent Krsna, tout en étant distinctes de Lui. Manifestations de l'énergie de Krsna, elles Le représentent, mais, simultanément, elles ne constituent qu'une étape vers la réalisation de Krsna. Approcher les énergies de Krsna, c'est venir à Lui indirectement; mieux vaut donc L'approcher directement, en personne, et ainsi s'épargner du temps et de l'énergie. Pourquoi prendre l'escalier et en gravir les marches une à une quand l'ascenseur peut directement nous amener au sommet?

Tout repose sur l'énergie de Krsna, et rien ne saurait exister sans l'abri qu'il représente il est le maître absolu, car tout Lui appartient, tout est soutenu par Ses énergies. Situé dans le coeur de chaque être, Il est le témoin suprême. Nos demeures, nos pays, nos planètes, représentent aussi Krsna. Refuge ultime, c'est auprès de Lui qu'il faut chercher abri si l'on désire être protégé ou mettre fin à ses souffrances. Lorsque nous avons besoin de protection, nous ne devons pas oublier que seule une force vivante a le pouvoir de protéger. Krsna, donc, est l'Etre Suprême, et en tant que source de tous les êtres, en tant que père suprême, nul ne pourrait être un meilleur ami, un plus grand bienfaiteur que Lui. Sri Krsna, source originelle de la création, en qui, une fois dissoute, elle trouve éga1ement son ultime repos, est l'éternelle cause de toutes les causes.


 

VERSET 19

 

tapamy aham aham varsam
nigrhnamy utsrijami ca
amritam caiva mrityus ca
sad asac caham arjuna

 

 

TRADUCTION

Je contrôle la chaleur, la pluie et la sécheresse. Je suis l'Immortalité, de même que la Mort personnifiée. L'être et le non-être, tous deux sont en Moi, ô Arjuna.

 

TENEUR ET PORTEE

Krsna, grâce à Ses diverses énergies, diffuse chaleur et lumière par l'intermédiaire du soleil et de la force électrique. C'est Lui également qui retient les pluies pendant l'été, pour ensuite, la saison venue, permettre leur chute abondante. Il est l'énergie qui nous soutient en prolongeant la durée de notre vie, mais aussi la mort qui nous attend. Si nous analysons ces nombreuses énergies de Krsna, nous voyons nettement qu'il n'existe pour Lui aucune distinction entre le matériel et le spirituel, qu'il est à la fois l'un et l'autre. Et une fois élevé dans la conscience de Krsna, on ne les distingue plus soi-même; on voit Krsna, et Krsna seul, en chaque chose.

Krsna étant et le matériel, et le spirituel, Il peut apparaître dans Sa gigantesque forme universelle, qui renferme toutes les manifestations matérielles, mais aussi dans Sa Forme originelle, à deux bras, dans Sa Forme de Dieu, la Personne Suprême, Syamasundara, plongé dans Ses Divertissements à Vrndavana, et jouant de la flûte.

 


VERSET 20

 

trai-vidya mam soma-pah puta-papa
yajnair istva svar-gatim prarthayante
te punyam asadya surendra-lokam
asnanti divyan divi deva-bhogan

 

 

 

TRADUCTION

C'est indirectement qu'ils M'adorent, les hommes qui étudient les Vedas et boivent le soma, cherchant ainsi à gagner les planètes de délices. Ils renaissent sur la planète d'Indra, oú ils jouissent des plaisirs des devas.

 

TENEUR ET PORTEE

Le mot trai-vidyah désigne les trois Vedas (le Sama, le Yajus et le Rk), et le brahmana qui en possède la connaissance est appelé un tri-vedi. Ceux qui s'attachent à l'étude de ces trois Vedas gagnent un grand respect social; mais hélas, un grand nombre de ces érudits ignorent le but même des études védiques. Pour les éclairer, Krsna déclare ici être le but ultime des tri-vedis. C'est-à-dire que les vrais tri-vedis prennent refuge sous les pieds pareils-au-lotus de Krsna et, pour Lui plaire, Le servent avec une dévotion pure. Ce service de dévotion commence par la récitation du mantra Hare Krsna, tout en s'efforçant de comprendre Krsna tel qu'Il est. Ceux dont l'étude des Vedas conserve un caractère officiel, se sentent malheureusement davantage attirés par les sacrifices aux différents devas, tels Indra, Candra... Ce culte, certes, les purifie des souillures engendrées par les influences inférieures de la nature, et les élève jusqu'aux planètes édéniques, dans les systèmes planétaires supérieurs (Maharloka, Janaloka, Tapaloka... ), où ils peuvent satisfaire leur désir de jouissance matérielle mille fois mieux que sur Terre.


VERSET 21

 

te tam bhuktva svarga-lokam visalam
ksine punye martya-lokam vishanti
evam trayi-dharmam anuprapanna
gatagatam kama-kama labhante

 

 

TRADUCTION

Quand ils ont joui de ces plaisirs célestes, quand leurs mérites se sont épuisés, ils reviennent sur cette Terre mortelle. Un bonheur fragile, tel est donc, après avoir suivi les principes des Vedas, le seul fruit qu'ils récoltent.

 

TENEUR ET PORTEE

Celui qui s'élève aux systèmes planétaires supérieurs obtient une existence plus longue et des facilités plus grandes pour en jouir, mais il ne peut y rester pour toujours. Epuisés les fruits de ses actes vertueux, il est renvoyé sur Terre. L'homme qui n'a pas atteint la perfection du savoir, telle que décrite dans le Vedanta-sutra, ou qui, en d'autres mots, n'est pas parvenu à connaître Krsna, cause de toutes les causes, échoue dans sa tentative d'atteindre le but ultime de l'existence. Il se prend ainsi au piège du perpétuel va-et-vient entre planètes supérieures et planètes moins évoluées, tantôt montant, tantôt redescendant, comme sur une grande roue. Plutôt que de gagner le monde spirituel, d'où il n'y a plus de possibilité de redescendre, il demeure prisonnier du cycle des morts et des renaissances, sur des planètes tantôt supérieures, tantôt inférieures. Aussi vaut-il mieux accéder au monde spirituel, pour y jouir d'une existence éternelle, dans la connaissance et la félicité absolues, sans risque de retour à l'existence matérielle, misérable.

 


VERSET 22

 

ananyas cintayanto mam
ye janah paryupasate
tesham nityabhiyuktanam
yoga-ksemam vahamy aham

 

 

TRADUCTION

Mais ceux qui M'adorent avec dévotion, méditant sur Ma forme absolue, Je comble leurs manques et préserve ce qu'ils possèdent.

 

TENEUR ET PORTEE

Celui qui ne peut vivre un instant hors de la conscience de Krsna, sans servir avec dévotion le Seigneur, sans entendre et chanter Ses gloires, se souvenir de Lui, Lui offrir des prières et L'adorer, servir Ses pieds pareils-au-lotus et Lui offrir des services d'autres sortes, se lier d'amitié avec Lui et s'abandonner totalement à Lui, celui-là ne peut que penser au seul Krsna, sans cesse, à chaque instant du jour et de la nuit. De tels actes sont infiniment heureux et chargés de puissance spirituelle, si bien qu'ils mènent infailliblement le bhakta à la perfection de la réalisation spirituelle. A ce point, il n'a plus de désir que pour vivre en la compagnie du Seigneur Suprême. Tel est le yoga. Grâce à la miséricorde du Seigneur, grâce à Sa clémente protection (ksema), le bhakta ne retourne jamais à la vie matérielle. Le Seigneur l'aide à devenir conscient de Lui, conscient de Krsna, par le yoga, puis, quand il est parvenu à la plénitude de cette conscience, le protège en l'empêchant de sombrer à nouveau dans l'existence conditionnée, toute de misère.

 


VERSET 23

 

ye ’py anya-devata-bhakta
yajante shraddhayanvitah
te ’pi mam eva kaunteya
yajanty avidhi-purvakam

 

 

 

TRADUCTION

Toute oblation qu'avec foi l'homme sacrifie aux devas est en fait destinée à Moi seul, ô fils de Kunti, mais offerte sans la connaissance.

 

TENEUR ET PORTEE

Krsna dit que ceux qui rendent un culte aux devas ne sont pas très intelligents, même si, indirectement, c'est Lui que par là ils adorent. En effet, un homme qui arroserait les feuilles et les branches d'un arbre sans en arroser les racines, ou qui nourrirait les membres de son corps au lieu de son estomac, ferait preuve d'un bien médiocre savoir ou d'une grande négligence des lois naturelles les plus élémentaires. Les devas sont, pour ainsi dire, différents fonctionnaires et ministres dans le gouvernement du Seigneur Suprême. Et de même qu'on doit suivre les lois établies par le chef du gouvernement, et non par les fonctionnaires et les ministres, c'est au Seigneur seul qu'il faut vouer son culte; et par là même, les "fonctionnaires" et "ministres" du Seigneur seront immédiatement satisfaits. Les fonctionnaires et ministres sont appointés par le chef du gouvernement pour le représenter, et il est illégal de les soudoyer. Ainsi se traduit l'idée qu'expriment, dans le verset, les mots avidhi-purvakam: Krsna réprouve donc la vaine adoration des devas.

 


VERSET 24

 

aham hi sarva-yajnanam
bhokta ca prabhur eva ca
na tu mam abhijananti
tattvenatas cyavanti te

 

 

TRADUCTION

Car, Je suis l'unique Bénéficiaire et l'unique Objet du sacrifice. Or, ceux qui ignorent Ma nature véritable, absolue, retombent.

 

TENEUR ET PORTEE

Ce verset fait directement allusion au fait que les Ecritures védiques recommandent divers types de yajnas (sacrifices), mais que tous ont pour but véritable de satisfaire le Seigneur Suprême. Le second chapitre de la Bhagavad-gita l'affirme: le but de tous nos actes doit être la satisfaction de Yajna, ou Visnu; et c'est l'objectif que vise le varnasrama-dharma, la forme achevée de l'organisation sociale. Krsna, donc, affirme dans notre verset qu'étant le maître suprême, Il est le bénéficiaire légitime de tous les sacrifices. Malgré tout, des gens peu sensés, ignorant ces vérités, rendent un culte aux devas, en vue d'obtenir d'eux quelques bienfaits éphémères; mais cette voie ne les mène pas au but ultime de la vie, et ils ne réussissent, par là, qu'à sombrer dans l'existence matérielle. Même si l'on cherche à combler quelque désir matériel, mieux vaut, à cette fin, prier le Seigneur Suprême, bien qu'il ne s'agisse pas là de pure dévotion, et ainsi atteindre l'objet de nos désirs.


 

VERSET 25

 

yanti deva-vrata devan
pitrn yanti pitr-vratah
bhutani yanti bhutejya
yanti mad-yajino ’pi mam

 

 

TRADUCTION

Ceux qui vouent leur culte aux devas renaîtront parmi les devas, parmi les spectres et autres esprits ceux qui vivent dans leur culte, parmi les ancêtres les adorateurs des ancêtres; de même, c'est auprès de Moi que vivront Mes dévots.

 

TENEUR ET PORTEE

Si on désire aller sur la lune, le soleil, ou toute autre planète, on peut le faire en suivant les règles védiques proposées à cette fin. Ces règles, la section des Vedas traitant de l'action intéressée, techniquement connue sous le nom de darsa-paurnamasi, les expose en détail, recommandant pour celui qui convoite de se rendre sur une planète édénique, le culte du deva qui y règne. D'autres types de yajnas permettront d'atteindre les planètes des pitas (ancêtres), ou encore celles des esprits, pour ainsi devenir un yaksa, un raksa ou un pisaca (le culte des pisacas, aujourd'hui pratiqué sous le nom de "magie noire", est complètement matériel, bien que considéré comme spirituel par ses nombreux adeptes). Mais adorer Dieu, la Personne Suprême, et Lui seul, comme le fait le pur bhakta, conduit aux planètes Vaikunthas ou à Krsnaloka, et ce, sans le moindre doute. En effet, comme le montre cet important verset, pourquoi le pur dévot du Seigneur n'atteindrait-il pas la planète de Visnu, ou celle de Krsna, quand l'adorateur des devas, des pitas ou des esprits obtient de gagner leurs planètes respectives? Par malheur, un grand nombre d'hommes ignorent tout des planètes sublimes où vivent Krsna et Visnu, ce qui les contraint à tomber de leur position. Les impersonnalistes eux-mêmes sont forcés, un jour ou l'autre, de choir du brahmajyoti. Pour dépasser cette insuffisance, le Mouvement pour la Conscience de Krsna répand partout dans le monde, à l'humanité tout entière, cet enseignement sublime: que le simple chant, ou la simple récitation du mantra Hare Krsna peut mener l'homme à la perfection en cette vie même, et le reconduire "au foyer", en sa demeure première, dans le royaume de Dieu.

 


VERSET 26

 

patram puspam phalam toyam
yo me bhaktya prayacchati
tad aham bhakty-upahrtam
asnami prayatatmanah

 

 

 

TRADUCTION

Que l'on M'offre, avec amour et dévotion, une feuille, une fleur, un fruit, de l'eau, et cette offrande, Je l'accepterai.

 

TENEUR ET PORTEE

Après avoir montré qu'il est le Seigneur originel, le bénéficiaire suprême et le véritable objet de tous les sacrifices, Krsna révèle quelles offrandes Il désire Se voir présenter en oblation. Si, en effet, nous désirons nous dévouer au Seigneur, par le service de dévotion, et ainsi nous purifier pour atteindre le but de l'existence, qui est justement le service d'amour absolu du Seigneur, la première chose est naturellement de savoir ce qu'il attend de nous. Celui qui aime Krsna Lui offrira tout ce qu'il désire, et non, bien sûr, ce qui Lui déplait ou ce qu'Il n'a pas demandé. Aussi ne doit-on pas Lui offrir de viande, de poisson ou d'œufs, qu'Il n'accepterait d'ailleurs pas. En effet, le Seigneur indique clairement, dans ce verset, les offrandes qu'Il désire qu'on Lui fasse, et qu'Il acceptera, comme Lui-même le confirme: une feuille, un fruit, une fleur, de l'eau. S'Il avait voulu viande, poisson ou œufs, Il n'aurait pas manqué de le mentionner! Aussi devons-nous comprendre qu'Il n'accepterait pas de telles offrandes. Légumes, céréales, fruits, lait et eau composent une nourriture appropriée à l'être humain, et que recommande Krsna Lui-même. Aucun autre aliment ne doit donc Lui être offert, puisqu' Il le refuserait. Si l'on ne respecte pas Son désir, comment parler d'amour et de dévotion pour Dieu?

 

Sri Krsna expliquait, au verset treize du troisième chapitre, que seuls les reliefs d'aliments offerts en sacrifice sont purs, et propres à nourrir ceux qui cherchent à progresser vers le but de l'existence, pour finalement s'affranchir de l'engluement matériel. De ceux qui n'offrent pas leur nourriture en sacrifice, ajoutait-Il dans ce même verset, on dit qu'ils ne mangent que du péché. En d'autres mots, chaque bouchée qu'ils avalent les enfonce plus profondément dans les intrications de la nature matérielle. Par contre, préparer des plats végétariens simples et savoureux, les offrir devant l'image de Krsna ou devant la murti, Sa Forme dans le temple, en se prosternant et en Le priant d'accepter notre humble offrande, voilà qui nous permet de progresser d'un pas sûr dans la vie, de purifier notre corps, de produire des tissus cérébraux plus fins, et donc de clarifier nos pensées. Mais par-dessus tout, l'offrande doit être faite dans un sentiment d'amour. Car, Krsna n'a nul besoin de nourriture, Lui qui possède déjà tout ce qui est, mais Il accepte l'offrande de celui qui désire Lui plaire de cette façon. Le facteur dominant, dans la préparation, dans la présentation comme dans l'offrande de tels mets, l'ingrédient principal, est donc l'amour pour Krsna.

 

Le philosophe impersonnaliste, désireux de maintenir que l'Absolu n'est pas une personne, qu'Il est donc dépourvu d'organes sensoriels, ne peut comprendre ce verset de la, Bhagavad-gita. Pour lui, il s'agit soit d'une métaphore, soit d'une preuve de la matérialité de Krsna, qui énonce la Bhagavad-gita. Or, Krsna, Dieu, le Seigneur Suprême, possède des sens, spirituels; et il est dit de Ses Sens que chacun peut remplir les fonctions de tous les autres. C'est ce qu'implique le qualificatif d'absolu attribué à Krsna; s'il Lui manquait les sens, comment pourrait-on Le dire maître de toutes les perfections? Dans le septième chapitre, Krsna expliquait comment Il féconde la nature matérielle en y semant les êtres; or, cela s'accomplit sous l'action de Son seul regard. Et ici, nous pouvons comprendre que par le simple fait d'entendre les mots d'amour prononcés par Son dévot lorsqu'il Lui présente son offrande, Il peut véritablement manger, goûter les aliments qu'on place devant Lui. Il y a là un point très important, à bien souligner: parce que Krsna est absolu, que Son Sens de l'ouïe peut remplir les fonctions de Son Sens du goût, le fait d'entendre, pour Lui, ne se distingue en rien du fait de manger ou de goûter. Mais seul le bhakta, qui, sans vaine interprétation, accepte Krsna tel qu'Il Se décrit Lui-même, peut comprendre que la Vérité Absolue puisse prendre de la nourriture et S'en délecter.


 

VERSET 27

 

yat karosi yad asnasi
yaj juhosi dadasi yat
yat tapasyasi kaunteya
tat kurusva mad-arpanam

 

 

 

TRADUCTION

Quoi que tu fasses, que tu manges, que tu sacrifies et prodigues, quelque austérité que tu pratiques, que ce soit pour Me l'offrir, ô fils de Kunti.

 

TENEUR ET PORTEE

Il va du devoir de chacun d'organiser sa vie de façon à ne jamais oublier Krsna, quelles que soient les circonstances. Tout homme doit travailler s'il veut maintenir l'âme unie au corps, et Krsna recommande ici de le faire en pleine conscience de Lui, et de Lui offrir les fruits de son travail. Tout homme doit aussi manger pour vivre; qu'il n'accepte alors pour nourriture que les reliefs de celle offerte à Krsna. Tout homme civilisé a encore le devoir d'accomplir des rites religieux; qu'il les transforme donc en arcana, c'est à dire qu'il les destine à Krsna, comme Lui-même le recommande ici. Tout homme a également une tendance naturelle à faire la charité; qu'on offre alors ses biens à Krsna, selon Son propre conseil, en utilisant tout surplus de richesse à la propagation du Mouvement pour la Conscience de Krsna. Et puisque les gens, aujourd'hui, se montrent attirés par la méditation, qu'ils abandonnent la méthode silencieuse, impraticable de nos jours, et qu'ils adoptent la méditation sur Krsna, par la récitation continue, vingt-quatre heures par jour, du mantra Hare Krsna sur un japa-mala (chapelet de 108 grains). Car, de celui qui pratique cette forme de méditation, le Seigneur affirme, dans le sixième chapitre, qu'il est le plus grand des yogis.


 

 

VERSET 28

 

subhasubha-phalair evam
moksyase karma-bandhanaih
sannyasa-yoga-yuktatma
vimukto mam upaisyasi

 

 

TRADUCTION

Ainsi, tu t'affranchiras des suites des tes actes, tous, vertueux ou coupables; par ce principe de renoncement, tu seras libéré et viendras à Moi.

 

TENEUR ET PORTEE

Le terme yukta désigne l'être qui agit dans la conscience de Krsna sous une direction supérieure. De façon plus technique, on emploie l'expression yukta-vairagya, qu'explique en détail Rupa Gosvami. Aussi longtemps que nous vivons dans l'univers matériel, dit-il, il nous faut agir, inévitablement. Cependant, lorsque l'action est accomplie pour Krsna, et qu'on Lui en offre les fruits, elle devient yukta-vairagya. Accomplie sous le signe du renoncement, elle clarifie le miroir du mental, et son auteur, en progressant sur la voie de la réalisation spirituelle, finit par s'abandonner tout entier à Dieu, la Personne Suprême, atteignant par là, tel qu'également spécifié dans ce verset, la libération. Cette libération ne l'amène pas simplement à s'identifier au brahmajyoti, mais, ce verset le souligne, elle le conduit auprès du Seigneur Suprême, sur Sa planète. Il y a cinq degrés de libération, et ce verset précise que le bhakta qui suit, tout au long de son existence ici-bas, les directives du Seigneur Suprême, s'élève jusqu'à pouvoir, après avoir quitté son corps, retourner auprès de Lui, pour vivre en Sa compagnie.

Celui qui n'a d'autre désir que de dédier sa vie au service du Seigneur est le vrai sannyasi. Il se considère toujours comme un serviteur éternel du Seigneur, en tout dépendant de Sa volonté suprême. Ses moindres actes sont accomplis en vue de plaire au Seigneur, sont un service qu'il Lui offre. Il ne prête que peu d'attention aux actes intéressés ou aux devoirs prescrits, tels que les recommandent les Vedas, et sur lesquels un homme du commun est contraint de régler sa vie. Pourtant, même si le pur bhakta, pleinement absorbé dans le service du Seigneur, semble parfois agir à l'encontre des devoirs prescrits dans les Ecritures, il n'en est en fait rien. Les autorités vaisnavas disent, à ce propos, que même le plus intelligent ne peut comprendre les desseins et les actes du pur bhakta. Constamment engagé dans le service du Seigneur, toujours absorbé par la recherche de nouveaux moyens de Lui plaire, il doit être vu comme parfaitement libéré, dans le présent et dans l'avenir. Son retour à Dieu est assuré. Il se situe, comme Krsna, au-delà de toute critique d'ordre matérialiste.

 


VERSET 29

 

samo ’ham sarva-bhutesu
na me dvesyo ’sti na priyah
ye bhajanti tu mam bhaktya
mayi te tesu capy aham

 

 

TRADUCTION

Je n'envie, Je ne favorise personne, envers tous Je suis impartial. Mais quiconque Me sert avec dévotion vit en Moi; il est un ami pour Moi, comme Je suis son ami.

 

TENEUR ET PORTEE

On peut ici se demander pourquoi Krsna, s'Il est l'ami de tous, impartial envers tous, montre un intérêt spécial à Ses dévots, qui sont toujours absorbés dans Son service. Mais il ne s'agit pas là de partialité, ou de parti pris: Son attitude est parfaitement naturelle. Dans l'univers matériel également, un homme, fût-il très charitable, accordera toujours une attention particulière à ses propres enfants. Ainsi, le Seigneur, qui reconnaît tous les êtres comme Ses fils, quelle que soit leur forme, subvient généreusement aux besoins de tous, comme le nuage qui déverse sa pluie aussi bien sur le roc stérile que sur la terre, ou même sur l'eau; mais Il accorde néanmoins un soin particulier à Ses dévots.

Les bhaktas, dit ce verset, sont ceux qui, toujours absorbés dans la conscience de Krsna, vivent éternellement en le Seigneur, au niveau absolu, au delà de la matière. L'expression même de "conscience de Krsna" indique que les possesseurs d'une telle conscience sont de purs spiritualistes, vivant dans le Seigneur: mayi te, dit-Il sans ambiguïté, "en Moi". Ils sont en Lui, et le Seigneur, réciproquement, est en eux. Cela éclaire également le sens des mots: "Je les récompense en fonction de leur abandon à Moi." Et cette réciprocité spirituelle vient de ce que le Seigneur et Son dévot possèdent tous deux la conscience.

Serti dans un anneau d'or, un diamant prend une apparence merveilleuse. L'éclat de l'or et celui du diamant s'exaltent l'un l'autre. De même, le Seigneur et l'être distinct possèdent, chacun, un éclat éternel: le Seigneur est un diamant, l'être enclin à Le servir, pareil à de l'or; et leur union est admirable. Dans leur état pur, les êtres distincts sont appelés "dévots du Seigneur", et de tels bhaktas, le Seigneur Se fait Lui-même le dévot. Sans cette réciprocité entre le Seigneur et Son dévot, il n'est pas question de personnalisme. Cette relation, cet échange entre le Seigneur et l'être distinct, manque dans la philosophie impersonnaliste, mais non dans la personnaliste.

On compare souvent le Seigneur à un arbre-à-souhaits, qui comble tous les désirs qu'on formule envers Lui. Mais le verset nous éclaire un peu plus: Krsna Se penche spécialement vers Ses dévots, et cette attention spéciale manifeste la miséricorde toute particulière qu'Il leur accorde. Il ne faudrait pas penser, toutefois, que le Seigneur répond ainsi aux sentiments de Ses dévots sous l'effet de la loi du karma. Leurs échanges relèvent du niveau spirituel et absolu, où ils vivent. Le service de dévotion offert au Seigneur n'a rien d'une activité matérielle, il appartient au monde spirituel, où règnent éternité, connaissance et félicité.


 

VERSET 30

 

api cet su-duracaro
bhajate mam ananya-bhak
sadhur eva sa mantavyah
samyag vyavasito hi sah

 

 

TRADUCTION

Commettrait-il les pires actes, il faut voir quiconque est engagé dans le service de dévotion comme un saint homme, car il est sur la voie parfaite.

 

TENEUR ET PORTEE

Le terme suduracaro est ici d'une grande, importance: tâchons de le bien comprendre. Deux lignes d'action distinctes s'offrent à l'être conditionné: l'une qui correspond à son état conditionné, l'autre à son état originel. La première comprend les actes en rapport avec l'existence matérielle, et qu'on qualifie de "conditionnés": préserver son corps, suivre les lois de la société, de l'Etat, etc., actes que même les bhaktas accomplis exécutent. Mais, ceux ci, pleinement conscients de leur nature spirituelle, ont de plus, avec le service dévotionnel qu'ils offrent au Seigneur, dans la conscience de Krsna, des activités purement spirituelles et absolues, en accord avec leur fonction originelle, naturelle et éternelle, activités techniquement connues sous le nom même de "service de dévotion".

Dans l'état conditionné, le service de Dieu et le service du corps, le service dévotionnel et le service "conditionné", parfois suivent des voies parallèles, et parfois s'opposent. Aussi, dans la mesure du possible, le bhakta prend-il bien garde de ne rien faire qui puisse rompre l'équilibre de sa saine condition; il sait que la perfection de ses actes dépend de sa réalisation progressive de la conscience de Krsna. Il arrive parfois qu'un bhakta accomplisse tel ou tel acte qui, dans un cadre social ou politique donné, puisse sembler fort répréhensible, mais cette "chute", temporaire, ne le disqualifie nullement. Le Srimad-Bhigavatam dit en effet, à ce propos, que si un homme dont tout l'être est absorbé par le service absolu du Seigneur Suprême s'oublie et commet une faute, le Seigneur, en son coeur, le relève, "l'embellit", et lui pardonne son erreur, si grande soit-elle. La puissance de contamination de la matière est si grande que même un yogi totalement absorbé dans le service du Seigneur peut parfois être ensorcelé par elle; mais la conscience de Krsna, de son côté, possède un pouvoir tellement supérieur qu'elle le remet aussitôt de sa chute. La voie du service de dévotion ouvre donc toujours sur la réussite. Et, nul ne devrait condamner un bhakta pour avoir accidentellement dévié du sentier idéal car, comme l'explique le prochain verset, il ne connaîtra plus ces écarts dès qu'il sera complètement établi dans la conscience de Krsna.

Il faut donc garder à l'esprit qu'un être établi dans la conscience de Krsna, récitant avec détermination le mantra:

 

hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rima rama hare hare

se situe toujours au niveau absolu, même en cas de rechute fortuite ou accidentelle.

Les mots sadhur eva, "il est un saint homme", sont empreints d'une solennité particulière; ils préviennent les abhaktas de ne pas railler un dévot du Seigneur pour une défaillance occasionnelle, mais bien de toujours le voir comme saint, ce qu'appuie encore davantage le mot mantavyah. Celui qui n'observe pas cette règle et manque de respect à l'égard du bhakta pour avoir trébuché par accident, va contre l'ordre du Seigneur Suprême. L'unique qualification requise du bhakta est d'être inflexiblement et exclusivement engagé dans le service de dévotion.

Les taches que l'on peut remarquer sur la lune ne ternissent en rien son éclat. De même chez le bhakta: un écart accidentel de la voie de sainteté ne peut le rendre abominable. Il ne faudrait pas, cependant, tomber dans l'excès contraire, et conclure qu'un dévot du Seigneur peut, dans le cadre du service dévotionnel absolu, commettre toutes sortes d'actes répréhensibles; notre verset ne parle que d'erreurs accidentelles, dues à la force terrible des influences matérielles. Servir Krsna avec dévotion, c'est en quelque sorte déclarer la guerre à l'énergie illusoire, et tant qu'il n'est pas assez fort pour repousser les assauts de maya, le bhakta risque de connaître des chutes accidentelles. Mais, comme nous l'avons déjà dit, tout danger sera écarté dès qu'il aura acquis la résistance nécessaire. Nul ne doit donc s'appuyer sur ce verset pour se livrer à des actes infâmes en se considérant toujours comme un dévot du Seigneur. Ne pas s'améliorer dans son comportement malgré la pratique du service de dévotion témoigne d'un défaut de conscience spirituelle.


 

VERSET 31

 

ksipram bhavati dharmatma
sasvac-chantim nigacchati
kaunteya pratijanihi
na me bhaktah pranasyati

 

 

 

TRADUCTION

Rapidement, il devient sans reproche et trouve la paix éternelle. Tu peux le proclamer avec force, ô fils de Kunti, jamais Mon dévot ne périra.

 

TENEUR ET PORTEE

Ne nous méprenons pas sur le sens de ce verset. Le Seigneur, dans le septième chapitre, enseignait que celui qui agit de vile manière ne peut devenir Son dévot. Or, quiconque n'est pas un dévot du Seigneur se trouve, par là même, dépourvu de toute qualité. Comment, dès lors, peut-on être un pur bhakta si, par accident ou par intention, on agit de façon abominable, tel un mécréant? Les mécréants, ainsi que les décrivait le septième chapitre, ne s'offrent jamais au service du Seigneur, et sont, comme le confirme le Srimad-Bhigavatam, entièrement dépourvus de qualité. Mais, le bhakta, par contre, engagé dans le service du Seigneur selon les neuf voies mentionnées précédemment, procède à une purification qui enlève de son coeur toute souillure matérielle. Il garde le Seigneur Suprême en son coeur et se voit ainsi tout naturellement lavé de la souillure de ses péchés. En pensant constamment à Lui, il retrouve sa pureté naturelle. Grâce au souvenir constant de la Personne Suprême, la purification habite le coeur même du bhakta, et celui-ci n'a donc nul besoin d'accomplir les rites purificatoires prescrits dans les Vedas pour les hommes qui choient d'une position élevée. Pour se protéger de toute chute accidentelle et ainsi s'affranchir à jamais de toute souillure matérielle, le bhakta n'a qu'à réciter ou chanter sans cesse le maha-mantra:

 

hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rama rama hare hare

 


VERSET 32

 

mam hi partha vyapasritya
ye ’pi syuh papa-yonayah
striyo vaishyas tatha shudras
te ’pi yanti param gatim

 

 

 

TRADUCTION

Quiconque en Moi prend refuge, ô fils de Prtha, fut-il de basse naissance, une femme, un vaisya, ou même un sudra, peut atteindre le but suprême.

 

TENEUR ET PORTEE

Le Seigneur Suprême dit clairement ici qu'on ne fait, dans le service de dévotion, aucune différence entre gens de haute naissance et gens de basse naissance. De telles divisions existent bien au niveau matériel, mais ne s'appliquent pas au niveau spirituel de la dévotion au Seigneur. Ainsi, tout le monde peut atteindre le but suprême. Le Srimad-Bhagavatam affirme que même les hommes les plus bas, les candalas, ou mangeurs de chiens, peuvent s'élever s'ils entrent au contact d'un pur bhakta. Le service de dévotion et les directives d'un pur dévot du Seigneur ont une force telle qu'ils peuvent purifier tout homme; et tous, sans distinction de rang ou de classe, peuvent y adhérer. Le plus simple des hommes peut centrer sa vie sur les instructions d'un pur bhakta et ainsi devenir purifié.

Selon les gunas qui les influencent, les hommes se divisent en diverses catégories: les brahmanas, ou ceux que gouverne la vertu; les ksatriyas, ou ceux que domine la passion; les vaisyas, ou ceux sur qui agissent à la fois la passion et l'ignorance; les sudras, ou ceux qu'enveloppe l'ignorance. Plus bas se trouvent les candalas, issus de familles souillées par le péché. Généralement, ceux qui naissent dans une famille de très basse condition sont rejetés par les groupes supérieurs; or, même eux peuvent, par la puissance du service de dévotion et celle du pur bhakta, atteindre la perfection ultime. Il faut, pour cela, faire de Krsna le centre de son existence, et s'abandonner complètement à Lui. Alors, on peut dépasser, et de beaucoup, les plus grands parmi les jnanis et les yogis.


 

VERSET 33

 

kim punar brahmanah punya
bhakta rajarsayas tatha
anityam asukham lokam
imam prapya bhajasva mam

 

 

TRADUCTION

Que dire alors des brahmanas, des justes, des bhaktas et des saints rois, qui, en ce monde éphémère, en ce monde de souffrances, Me servent avec amour et dévotion.

 

TENEUR ET PORTEE

L'univers matériel abrite de multiples catégories d'hommes, mais il ne représente un lieu de félicité pour aucun d'entre eux, comme l'indique notre verset: ce monde éphémère, règne de la souffrance, n'est considéré habitable par aucun homme sain d'esprit. Toutefois, s'il est provisoire et si la douleur y domine, comme le déclare le Seigneur, nous pouvons comprendre, à la lumière de la Bhagavad-gita, qu'il n'est pas faux pour autant, malgré ce qu'en disent certains philosophes, les moins importants en particulier. Car, il existe une différence fondamentale entre faux et provisoire. Mais au-delà de cet univers temporaire et misérable, il est un autre monde, éternel et plein de félicité.

Arjuna est issu d'un famille sainte et royale; cependant, à lui aussi le Seigneur ordonne: "Sers-Moi avec amour et dévotion, et reviens vite en Mon royaume, ta vraie demeure." Nul ne doit rester en ce monde temporaire, lieu de souffrances, mais plutôt rechercher la compagnie intime du Seigneur Suprême, et ainsi connaître le bonheur éternel. Le service de dévotion est seul capable de résoudre tous les problèmes de toutes les classes d'hommes; aussi chacun doit-il adopter la conscience de Krsna, et ainsi rendre sa vie parfaite.

 


VERSET 34

 

man-mana bhava mad-bhakto
mad-yaji mam namaskuru
mam evaishyasi yuktvaivam
atmanam mat-parayanah

 

 

 

TRADUCTION

Emplis toujours de Moi ton mental, deviens Mon dévot, offre-Moi, ton hommage et voue-Moi ton adoration. Parfaitement absorbé en Moi, certes tu viendras à Moi.

 

TENEUR ET PORTEE

Ce verset donne clairement la conscience de Krsna pour le seul moyen d'échapper aux griffes de la nature matérielle, source de contamination. Il précise, en outre, que toute dévotion, tout service, doivent être offerts à Krsna, Dieu, la Personne Suprême. Mais des commentateurs sans scrupules en trahissent malheureusement le sens, pourtant si évident, et mènent ainsi leurs lecteurs à des conclusions inadmissibles. Ils ignorent qu'aucune différence n'existe entre Krsna et Son Mental. Krsna n'a rien d'un homme ordinaire: Il est la Vérité Absolue. Son Corps, Son Mental et Lui-même sont Un et absolus. Cette vérité se trouve confirmée par le verset suivant du Kurma Purana, que cite Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami dans son Anubhasya, ses enseignements sur le Caitanya-caritamrta, en rapport avec les versets quarante et un à quarante-huit du cinquième chapitre de la section Adi-lila, à l'effet qu'en Krsna, le Seigneur Suprême, aucune distinction n'existe entre Son Corps et Lui-même. Cependant, nos commentateurs d'occasion, parce qu'ils ignorent la science de Krsna, Le voilent en séparant Sa Personne de Son Mental et de Son Corps. Ils nagent dans l'ignorance la plus complète, mais ils ne tirent pas moins un profit sans scrupules de l'erreur où ils plongent leurs lecteurs.

Certains êtres démoniaques pensent aussi à Krsna, mais dans l'envie; ainsi du roi Krsna, l'oncle de Krsna, qui pensait constamment à Lui, mais en tant que son ennemi. Il était rongé par l'angoisse, méditant sans répit sur le moment que choisirait Krsna pour venir le tuer. Mais cette sorte d'absorption en le Seigneur ne peut être d'aucune aide: c'est avec amour et dévotion qu'il faut penser à Krsna; telle est la bhakti. Il faut donc sans cesse approfondir notre connaissance du Seigneur, laquelle, pour engendrer un sentiment favorable à Son égard, doit être acquise auprès d'un maître qualifié. Krsna, nous l'avons maintes fois expliqué, est Dieu, la Personne Suprême: Son Corps est éternel, tout de connaissance et de félicité, entièrement spirituel, en rien matériel. Et c'est en discutant ainsi, favorablement, de Sa Personne qu'on pourra devenir un bhakta. Autrement, nos efforts pour Le connaître par l'approche de mauvaises sources s'avéreront infructueux.

Il faut donc concentrer son mental sur la Forme originelle et éternelle de Krsna, et, gardant en son coeur la conviction absolue qu'Il est le Suprême, L'adorer. Il existe, en Inde, des milliers de temples consacrés à l'adoration de Krsna, et où l'on pratique le service de dévotion. Cette adoration implique qu'on rende son hommage au Seigneur, qu'on incline la tête devant la murti, et qu'on engage tout son être le corps, le mental, les actes... dans Son service. Ces pratiques permettent à l'homme de se fixer sans défaillance sur Krsna et, finalement, de gagner Sa demeure, Krsnaloka. Il faut s'engager dans le service de dévotion sous ses neuf formes, en commençant par écouter et chanter les gloires de Krsna, sans jamais se laisser égarer par des commentateurs sans scrupules. Car, le service de dévotion pur est le sommet de tous les achèvements de l'homme. C'est lui qu'ont décrit les septième et huitième chapitres, en le distinguant du yoga de la connaissance, du yoga des pouvoirs et de l'action intéressée. Ceux qui ne sont pas encore parfaitement purifiés, ou sanctifiés, peuvent être attirés par des aspects partiels du Seigneur, comme le brahmajyoti, le Brahman impersonnel, ou le Paramatma, mais le pur bhakta, lui, s'engage directement dans le service du Seigneur Suprême.

Un très beau poème dédié à Krsna énonce clairement que ceux qui vouent leur culte aux devas font preuve de la plus basse intelligence, sans compter qu'ils ne gagneront jamais ainsi la faveur suprême, Krsna. Le bhakta, même si, par moments, au stade de néophyte, il s'écarte de la norme spirituelle, doit être reconnu comme supérieur à tout autre philosophe ou yogi; car, il faut comprendre que celui qui s'absorbe pleinement dans la conscience de Krsna est l'homme saint par excellence. Peu à peu, ses écarts accidentels de la voie dévotionnelle s'amoindrissent, et il atteint bientôt, sans que le moindre doute soit possible, l'entière perfection. Alors, il ne court plus aucun risque de chute, ou d'écart, puisque le Seigneur en personne prend soin de Son pur dévot. Donc, tout homme d'intelligence devrait directement adopter la conscience de Krsna, pour ainsi vivre heureux ici-bas, et finalement obtenir la récompense suprême, Krsna.

Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le neuvième chapitre de la Srimad-Bhagavad-gita, intitulé: "Le plus secret des savoirs".